‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 327 sur 341 · Tt*oyennes, 308-340, tradaction de M. Hinslin · texte numérisé non relu

Tt*oyennes, 308-340, tradaction de M. Hinslin

formes, ne se prétait à toute la fureur de la passion et à tous les éclats du désespoir. Le traître Polymestor, qui vient d'être châtié derrière la scène, à qui l'on a égorgé ses enfants, à qui les captives troyennes, sur Tordre d'Hécube, ont crevé les yeux, arrive sur la scène, seul, les orbites sanglants comme Œdipe, courant à la poursuite de ses bourreaux qu'il ne peut atteindre. Son chant, coupé par une seule réflexion du coryphée , plein d'exclamations , de questions qu'il se pose à lui-même, d'invocations, d'appels pressants, est un chant haletant, où le mouvement de l'anapeste précipite encore le trouble du rythme dochmiaque *. On devine seulement ce que la mélodie ajoutait aux paroles. Peut-être les fidèles de l'antique tragédie étaient-ils d'avis que la recherche de l'effet était poussée ici jusqu'à l'abus. Mais ce morceau, unique de son espèce, nous montre cependant, à l'égal des autres, ce que le poète a voulu et quel changement il a opéré dans l'art. Avec Euripide, le chant ne s'élève plus uniquement, à intervalles réguliers, de l'orchestre, ou n'alterne plus seulement entre l'orchestre et les acteurs : à tous les moments critiques du drame, le chant peut partir de la scène et passer par-dessus le groupe des choreutes pour aller droit aux oreilles et à l'àme des spectateurs. L'émotion dramatique n'est plus, comme jadis, contenue tout entière dans le dialc^e; elle s'épanche encore et elle se développe, avec la puissance propre au moyen nouveau d'expression qu'elle em-

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