‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 330 sur 341 · Phénic · texte numérisé non relu

Phénic

3. Cf. la monodie de Cassandre citée plos haut, Troyennes, 332, X6pcvc... ic6Sa oov | DiaatTàS' âxclot y.€x* â|jiiOcv noSûv.

4. GodL Ikraiann, préface de son édition d'Oret/e, XII, croit

mique était associée au chant. Or, la mimique, sans les pas et les attitudes de la danse, serait incomplète. — On se rappelle l'histoire de ce pauvre esclave qui vient d'assister au meurtre d'Hélène frappée par le couteau d'Oreste, et qui arrive effaré sur la scène. Tout barbare qu'il est, il connaît les habitudes de la tragédie nouvelle, et, au lieu de parler, il chante ; et il chante si longuement que peut-être se serait-on lassé de l'entendre, si le poète, usant d'un procédé ingénieux, n'eût coupé le morceau qu'il lui prête en six parties séparées chaque fois par un trimètre iambique. C'est le coryphée qui pose des questions au Phrygien, qui l'invite à s'expliquer, qui lui fournit l'occasion de continuer ainsi, sans monotonie, son récit. Ce récit, j'imagine, n'ennuyait point les Grecs, tant il est varié, tant la forme surtout en était nouvelle. Le Phrygien à'Oreste joue le rôle du messager ordinaire de la tragédie : à ce titre, et malgré la grave nouvelle qu'il apporte, il fait donc sourire d'abord par sa naïveté , en exprimant à la fois sa joie d'être hors de danger et la frayeur dont il est saisi. On est un peu surpris de l'entendre ensuite entonner une complainte sur la ruine de Troie * ; mais si la raison de ce chant ne s'aperçoit pas immédiatement', l'intention du poète se devine. Ce thrènene

qu'Euripide a touIu imiter ce qu^avait fait Eschyle dans la Rançon d'Hector. Mais, d'après le texte d'Athénée, I, 21 e, il semble bien que les danses dont il est question étaient exécutées par les Phrygiens composant le chœur du drame, et non par un seul personnage.

2. Le lien des idées est celui-ci : Troie a été perdue à cause d'Hélène.

ressemble à aucun de ceux qu'Euripide avait composés déjà sur le même sujet : les paroles n'en sont pas très originales, mais la musique en est neuve ; elles sont chantées sur le nome dpjjuxtetoc, dont on connaît mal le caractère, mais dont on sait qu'il était un air oriental, probablement originaire du pays même de l'esclave. Les amateurs d'iimovations musicales devaient donc éprouver, à entendre ce morceau, un sensible plaisir. Le Phrygien, après cela, arrive enfin à son sujet : à la suite d'un exorde qui est encore une lamentation asiatique, il raconte comment Oreste et Pylade ont pénétré auprès de sa maîtresse, quelle ruse Oreste a employée pour attirer Hélène vers l'autel du foyer tandis que son ami mettait les esclaves sous clef, de quelle façon le meurtre a été accompli, le combat épique des Grecs contre les serviteurs barbares, la disparition merveilleuse de la victime*.

Tout, dans cette scène d'un genre inconnu jusqu'alors, intéressait les spectateurs : le costume du Phrygien, ses gestes, sa danse, et les tons de son chant, et ses cris répétés d'iElinos ! iElinos ! et ses invocations à la Grande Mère du mont Ida. Nul morceau lyrique de la tragédie grecque n'a, comme on dit aujourd'hui, plus de couleur locale que celui-là. Nul aussi n'est d'une forme en apparence plus irrégulière. Le rythme, qui change avec chacune des parties dont se compose le chant, est successivement dochmiaque, iambo-trochaïque, logaédique, anapes-

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tique, péonien. Est-ce une fantaisie à laquelle le poète se livre, et qu'il prétend faire excuser par le prétexte que c'est un barbare qui chante ? Non. La variété des mètres, comme celle de la musique, a sa raison d'être dans le trouble d'âme du Phrygien; elle répond surtout à la variété et à la progression des sentiments par lesquels il passe, en racontant les actes successifs du drame dont il a été le témoin épouvanté. Cet homme ne peut parler de Téventail de plumes, qui lui servait à rafraîchir les joues d'Hélène occupée à ses fuseaux, sur le ton où il décrira la scène de regorgement et la bataille finale. Ce morceau, d'une conception si hardie, témoigne donc de beaucoup d'art.

Euripide n'a pas rompu aussi ouvertement avec les règles dans toutes ses monodies. Il y en a dont la structure rappelle celle de certains chants du chœur d'Eschyle. Electre, au début du drame auquel elle donne son nom, exhale ses chagrins dans des strophes dont chacune est séparée de son antistrophe par une mésode^. C'est qu'avant tout événement, toute péripétie de nature à la troubler, Electre se livre à l'expression de sentiments qui lui sont familiers, avec lesquels elle vit depuis des années : la haine de Clytemnestre ; le regret et le souvenir de son père égorgé ; l'attente anxieuse de la venue d'Oreste. La régularité d'un chant nettement divisé

1. 112-166. Electre chante en marchant, comme Tindique le refrain de la première antistrophe (td If(t6a ^{i.6a xaraxXatouaa. lb> pioi |iot)^ . en se parlant à elle-même et en s'excitant au thrène, t^i rbv avtbv îtY£tp6 yéov (▼. 125).

convient bien aux habitudes de ses émotions. En revanche, on est un peu surpris de voir Cassandre se souvenir des lois de Tantistrophe \ comme si ridée fixe qui obsède sa folie ne pouvait se répandre au dehors avec une liberté moins soucieuse de Tordre. Est-ce parce que Cassandre est prophétesse, inspirée d'Apollon, que, même en son égarement, elle observe d'instinct les lois de l'art auquel préside le dieu son maître? N'est-ce point plutôt que les chants d'hyménée avaient cette forme, et que le poète veut donner à la monodie de Cassandre un caractère plus frappant de réalité, en y restant fidèle à la tradition de la poésie et de la musique des fêtes nuptiales? Une symétrie aussi exacte est, il faut le dire, l'exception. Aristote, ou Tauteur des Problèmes qui lui sont attribués, énonce cette assertion que les (c chants de la scène ne sont pas antistrophiques, tandis que ceux du chœur sont antistrophiques »; et la raison qu'il en donne, c'est que « l'acteur agit et imite, tandis que le chœur imite moins' » ; entendez par là que l'acteur qui est en scène représente un personnage très vivant dont les émotions et les passions, à la différence des choreutes nécessairement plus calmes, peuvent difficilement se plier dans leur expression à la rigueur des lois qui régissent léchant choral. On remarque d'autre part qu'Aristophane qui, en deux endroits, parodie des monodies d'Euripide, ne se sert point pour les parodier de la forme antistrophique. En vain, certains critiques, Godefroy Hermann,

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