Fragm
4. Fragm. 199. Sur les anciens fragments do la tragédie d'Anttope, voir l*éiude de M. Weil dans le Journal général de VInstruction pu-bligtte, t. XVI (1847), p. 850-853; 858-861. Les fragments nouvellement découverts en Egypte et publiés par M. Mahaffy (Hermathena, XVII) ne se rapportent pas à cette scène.
tuelle se trouvaient mis en opposition avec les avantages de la vie pratique et des exercices physiques ; ou plutôt, pour donner à cette scène toute sa portée, la nouvelle éducation était opposée à Tancienne. C'était donc le même sujet que celui qui fait le fond des Nuées d'Aristophane, avec cette dififérence que les sympathies de celui-ci sont pour le passé, pour « les vieillards de Marathon », tandis qu'Euripide, qui, dans sa tragédie, donne le beau rôle à Amphion, disciple des philosophes, souhaite le triomphe de l'esprit nouveau. Mais cette scène, quelle qu'en soit rintenlion, parait avoir, d'après les fragments qui nous en restent, tous les caractères d'un exercice d'école, dans le goût des rhéteurs du temps. Les Grecs, à aucune époque de leur existence, n'ont séparé dans la réalité de la vie ce qui est opposé dans la fiction de ce drame : la gymnastique et la <( musique ».
Euripide peut avoir appris aussi de Protagoras à faire valoir les mauvaises causes. Le poète dramatique — c'est une des nécessités de son art — se trouve quelquefois dans la situation où l'avocat de nos jours est souvent placé malgré lui, et où les sophistes grecs se plaçaient volontairement : il se voit obligé de faire plaider à Tun de ses personnages une cause qui n'est pas bonne ; il doit essayer d'écraser le xpeCrrwv Xdyoç sous le poids de T'^rrcdv, le Juste sous l'Injuste. On connaît la scène célèbre de la Médée où Jason se retrouve pour la première fois en présence de celle qu'il vient de trahir. A cette femme qui lui rappelle le passé, les services rendus, les tendresses d'autre-
fois, les promesses d'éternelle fidélité, il n'a que de mauvaises raisons à donner, et il n'en donne, en effet, que de mauvaises. Si son expédition en Golchide a réussi, ce n'est pas à Médée qu'il le doit, mais à Vénus, mais à l'Amour, qui, en blessant de ses traits invincibles la fille d'^étès. Ta forcée à le sauver. Médée doit s'estimer heureuse d'avoir quitté sa région barbare pour venir habiter un pays civilisé comme la Grèce, qui sait apprécier sa science de magicienne et qui la couvrira de gloire. Il ose prétendre et démontrer qu'en se mariant à la fille du roi de Corinthe, il a fait preuve de chasteté, de sagesse et de dévouement. S'il veut avoir de nouveaux enfants d'une nouvelle femme, c'est parce que cette femme est de sang royal; c'est pour assurer un appui aux enfants qu'il a eus de Médée'. Il lui eût été difficile peut-être de trouver des raisons meilleures que cellesci, qui ne valent rien. Mais ce qu'il importe de remarquer c'est que Jason répond aux reproches de Médée en homme qui, comme il le dit lui-même, « n'est pas inhabile dans l'art de la parole * » ; c'est qu'il les réfute méthodiquement, point par point, avec une froide et cruelle logique, avec une subtilité d'argumentation qui n'est point étrangère à l'art sophistique. De même, dans les Troyennes^ si Hélène trouve une facile abondance de mauvaises raisons pour se disculper aux yeux de Ménélas', ce n'est pas seulement parce qu'elle est femme : c'est parce que le poète
l.Jférfétf, 522-575.