‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 58 sur 341 · Plut., Amat., p. 757 c · texte numérisé non relu

Plut., Amat., p. 757 c

s'armèrent contre les croyances païennes, avaient été dès longtemps condamnés, il ne faut pas Toublier, par les Grecs eux-mêmes. Xénophane déjà fait à Homère et à Hésiode un très vif reproche d'avoir attribué aux dieux des actions contraires à la morale. Nous allons voir Euripide reprendre la même idée et y insister. Quand Thésée essaie de consoler Hercule des meurtres qu'il vient de commettre dans son accès de folie, il lui représente qu'aucun des hommes n'est à Tabri du mal — « aucun des dieux non plus, ajoute-t-il, si les récits des poètes ne sont pas mensongers. Les dieux n'ont-ils pas contracté entre eux des unions que nulle loi n'autorise? Pour régner, n'ont-ils pas chargé leurs pères de liens honteux? Et cependant ils habitent l'Olympe et ils portent légèrement le poids de leurs fautes'. »• La critique qui est ici faite de la conduite de Jupiter enchaînant son vieux père pour régner à sa place n'est pas nouvelle ; mais c'est la première fois qu'un poète signale le caractère illicite de ces unions entre des dieux et des déesses qui, la plupart, étaient frères et sœurs. Ce n'est là d'ailleurs qu'un scandale de famille : les dieux, à ce qu'il semble, sont plus coupables, quand ils abusent de leur situation de dieux et des moyens dont ils disposent pour séduire des femmes mortelles. La mythologie grecque est pleine de ces histoires qui s'expliquent aisément. Chaque Etat, chaque cité voulait avoir une divinité à l'origine de sa race : on imaginait donc qu'un dieu s'était uni jadis à une

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