‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 57 sur 341 · Ibid., Y · texte numérisé non relu

Ibid., Y

ment au ciel, le transporter à Ilion et y transporter aussi Amyclées? » Et elle substitue à ce fait merveilleux d'une intervention divine une explication naturelle de la faute d*Hélône : « Mon fils était d'une rare beauté ; à sa vue le sentiment que tu éprouvas devint Kypris — les mortels donnent à toutes leurs folies amoureuses le nom d'Aphrodite qui rappelle avec raison celui d'Aphrosynë (la Folie). — Quand donc Paris, dans son costume barbare, tout resplendissant d'or, s'est montré à loi, tu as perdu la tête*. » Ces réflexions sont remarquables. Elles contiennent en germe toute une théorie d'interprétation rationaliste du polythéisme, théorie qui se développera, et qui, dans la suite, inquiétera les hommes sincèrement religieux comme Plutarque. « Dans quel abtme d'impiété allonsnous tomber, s'écriera-t-il, si chaque divinité n'est pour nous qu'une passion, une force, une vertu*. » Cet abîme se creusera en effet avec le temps ; bientôt les dieux ne seront plus considérés par les esprits éclairés que comme les fantômes de l'imagination des premiers âges. Euripide entre déjà dans ce sentiment par la manière dont il explique, sans Aphrodite, l'amour d'Hélène pour le beau Paris.

Ce n'est pas seulement au nom du bon sens, c'est souvent encore au nom de la morale qu'Euripide critique les fables mythologiques. La vie des dieux et des héros, telle que la racontaient les poètes depuis Homère, est loin sans doute d'être toujours édifiante. Mais ces scandales divins, dont les Pères de l'Eglise

i. Vers 983-992.

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