Platon, Phèdre, 261 d
moins fort dangereux. La hardiesse de ses antilogies, en donnant une forte secousse à Tesprit de ses auditeurs, éveillait chez eux la critique, qui désormais ne sommeillera plus. Vers le même temps, Anaxagore venait d'Asie se fixer à Athènes, où d'abord il n'osa pas dire tout ce qu'il pensait au sujet des grands problèmes et où il entoura toujours son enseignement de précautions infinies ^ Le vulgaire tenait en suspicion ces savants, ces météorologues j qui discutaient sur Vélhfir, qui prétendaient connaître, de science humaine, la nature réputée divine du soleil et des astres, et qui avaient l'audace d'expliquer les éclipses de lune. Anaxagore se vit forcé de rester dans l'ombre et ne s'adressa qu'à quelques disciples. On recherchera plus loin si Euripide peut être compté parmi ces disciples d'Anaxagore et ce qu'il doit en général aux philosophes. Mais, dès maintenant, il est permis d'affirmer que, si sa jeunesse n'a pas connu les sophistes, il prêta du moins de bonne heure l'oreille aux enseignements des maîtres venus de la Grande- Grèce et d'Asie ; que, parmi les hommes de sa génération, il fut des premiers à s'engager dans les voies de la sagesse nouvelle.
La fréquentation des philosophes et l'habitude des hautes spéculations accrurent sans doute la gravité naturelle de son caractère. Euripide n'appartient pas à la forte race des génies gais, qui ont dominé les choses humaines et leurs misères : il est de la famille de ceux qui ont pris la vie au sérieux, qui, pour l'avoir