‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 81 sur 341 · HippoL, 1058. Cf. Electre · texte numérisé non relu

HippoL, 1058. Cf. Electre

tervcntion de Tirésias, on comprend qu'Euripide ne se soit pas privé du pathétique d'une pareille scène et qu'il ait fidèlement reproduit le caractèi-e que la tradition donnait au prophète thébain. Encore, au moment où Tirésias quitte la scène, le poète lui prète-t-il des réflexions qui dépassent les limites de son rôle, puisqu'il déclare au public que les devins se trouvent dans une situation fausse, qu'ils n'osent pas dire la vérité à leurs clients si cette vérité doit leur être funeste, et qu'en conséquence l'intérêt leur commande de duper, pour leur être agréables, ceux qui les consultent*.

Euripide s'est expliqué plus complètement ailleurs sur le compte de cette « engeance ambitieuse » des devins, qui est une peste, « un fléau »'. Il pose quelque part cette question : Qu'est-ce qu'un devin? et il y répond : « Un devin est un homme qui mêle à beaucoup de mensonges un petit nombre de choses vraies que le hasard lui a fait rencontrer (dans ce cas-là, on l'admire). Si le hasard l'a mal servi, on n'entend plus parler de lui*. » Euripide ne craint pas d'affirmer hautement que la prétendue science de ces hommes est une science illusoire. Gomment osentils jurer qu'ils lisent clairement dans la pensée des dieux ? Ce n'est pas là une connaissance qui soit au pouvoir de l'homme. Quiconque se fait fort de savoir les choses divines ne sait qu'une chose : tromper les

1. Phénic.t 954-939. Sophocle, lui aussi, a lancé des irails contre les dcYins : Antig., 1037, 1055; Œdipe-Roi^ 500.

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