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ses tragédiesyil ne cesse de décrier les femmes \ Nous sommes ici, à ce qu'il semble, en pleine légende. On peut soupçonner tout d'abord Chœrilè de n'avoir jamais existé. Ce nom de femme ', qui ne se trouve nulle part ailleurs, a en grec un sens très grossier. Ce doit être un surnom, un vulgaire sobriquet donné par les comiques à la femme d'Euripide. Plus tard, les grammairiens, rencontrant les deux noms de Mélito et de Chœrilè appliqués tour à tour à la même personne, en conclurent que le poète avait été marié deux fois. La tradition de ces deux mariages était d'ailleura si mal établie que l'on ne savait pas si Chœrilè avait remplacé Mélito ou si Mélito avait remplacé Chœrilè. Tenons donc pour à peu près certain que le poète n'a eu qu'une femme, Mélito, la fille de Mnésilochos, qu'on sait avoir été le beau-père d'Euripide. Mélito s'est-elle rendue coupable des désordres dont l'accusent les poètes comiques? La question n'est pas inutile à poser, puisque la conduite de cette femme a nécessairement influé sur l'humeur du poète. En pareil sujet, il est sans doute aussi difficile de nier que d'affirmer. Cependant la chronologie ici encore nous avertit de nous méfier des récits traditionnels. C'est dans les Grenouilles que l'on rencontre les premières allusions aux malheurs d'Euripide'. Or, la pièce a été représentée sous l'archontat de
1. Vie^ p. 2, 1. 11-12; p. 5, 1. 5. Le biographe prétend aussi que c'est sous rimpression de malheurs récents qu'Euripide composa son premier Hippolyte, où Phèdre avait un rôle de femme impudique.
2. Une autre forme du mot chez Suidas, t. EupticiSt];, est Xotpfvt). Cf. Wilamowitz-Mœllendorff, Analecla Euripidea, p. 149, note.
3. Le seul texte formel est le vers 1048 : a yàp e; xkç àXkoxpioLç
Caillas, en janvier 405. Euripide était mort depuis plusieurs mois. Pourquoi cette accusation portée contre l'honneur de Mélito ne s'est-elle pas produite du vivant même du poète? On invoquerait vainement ici des raisons de délicatesse et de haute convenance qui ne pouvaient arrêter un Aristophane. Comment cette médisance, s'il n'y a point calomnie, a-t-elle donc éclaté si tard? Dans une comédie qui a précédé les Grenouilles de six années, les Femmes aux Thés-mophoriesy Euripide joue un rôle ridicule, en même temps qu'il est très souvent question des trahisons conjugales des femmes. Quelle belle occasion pour Aristophane de faire rire le public aux dépens d'Euripide en associant le nom de Céphisophon à celui de Mélito ! Il n'en a cependant rien fait ; la pièce ne renferme pas la plus lointaine allusion à la femme du poète. La tradition que nous essayons de contrôler n'était donc pas encore née en 411 ; elle s'est formée entre cette date et l'an 406, c'est-à-dire dans les dernières années de la vie du poète, à un moment peutêtre où il avait déjà quitté Athènes pour n'y plus rentrer. Les désordres de Mélito ne sont-ils pas simplement une invention maligne destinée à rendre compte des sentiments que professe Euripide à l'égard des femmes'?
inoUtç, aOtb; xoutoi^iv èirXiqYYi;.. Au vers 1408, Céphisophon est simplement considéré comme faisant partie, avec la femme, les enfants et la bibliothèque, de la maison d'Euripide.
1 . La misogynie supposée d'Euripide lui a fait attribuer des goûts contre nature (Ëlien, Hisi. lar., II, 21; Suidas, E0piic(5T)c). En revanche, d'autres anecdoticrs prétendaient qu'il ne détestait les femmes que dans ses tragédies (Hieron. Rhod., ap. Athen., XIII, p. 557 e; cf. 603 e et 604 f.
Dans quelques beaux vers des Suppliantes^ Euripide fait dire à Tun de ses personnages que « le poète lyrique, quand il enfante ses chants, doit les enfanter dans la joie. S'il est en proie au chagrin, comment trouverait-il en lui-même de quoi charmer les autres? » Il semble que, dans le cours de sa vie, il dut éprouver plus d'une fois ce sentiment. Ses succès au théâtre ne répondirent ni à ses espérances ni à la valeur de son génie. Depuis le moment où il obtint son premier chœur de Tarchonte Gallias, pendant une carrière de près de cinquante années, il fut en effet couronné quatre fois seulement : sur quatre-vingthuit drames de lui, joués de son vivant, soixantedouze n'obtinrent pas les suffrages des juges. Bien qu'il se fût toujours tenu à l'écart de la vie publique *, il avait des ennemis, que lui avaient faits la réserve un peu dédaigneuse de son caractère et la hardiesse de ses opinions. Abreuvé par eux d'amertume, maltraité et bafoué par les poètes comiques, Euripide voulut se soustraire à des attaques qui, en se renouvelant sans trêve, troublaient sa vie déjà sur son déclin. Athènes, déchirée par les partis, menacée de ruine, n'était
1. Vers 180-183. Ces rors, suspectés par Nauck, sont authentiques aux yeux de Kirchhoff et de Wilamowitz (édition des Suppliantes dans ses Analecla), qui supposent tous deux une lacune avant le Tors
2. Aristophane reproche à Euripide, comme à Socrate, sa vie oisiye, diaTpt6Y)v àpYov [Nuées, 316; Gren., 1498). Cependant Aristote, Rhétorique, II, 6, p. 1384 b, parle d'une àicoxptvi; d'Euripide aux Syracusains. Le scholiaste (II, 230, Spengel) croit qu'il s'agit d'une ambassade et cite les paroles d'Euripide. Peut-être, comme le conjecturait autrefois Ruhnken, faut-il lire dans le texte d' Aristote le nom d'Hypérido au lieu de celui d'Euripide.
plus la ville qu'avait connue sa jeunesse. Vers la fin de Tan 408, quelque temps après la représentation de son Oreste\ il se. décida à la quitter. Il y laissait probablement ses trois fils : Mnésarchidës, qui se livra au commerce ; Mnésilochos, qui fut acteur, et celui qu'on appela Euripide le Jeune, poète luimême, qui, après la mort de son père, fit représenter les drames qu'il avait laissés * .
En quittant son pays', Euripide devait trouver à l'étranger les satisfactions qu'Athènes lui avait souvent refusées. A Magnésie, où il se rendit d'abord, il fut traité comme un hôte public et comblé d'honneurs \ De là, il gagna la Macédoine, où l'appelait Archélaos. Ce prince civilisateur ne s'était pas borné à ouvrir des routes à travers les contrées barbares de ses États et à en embellir les villes de magnifiques monuments : pour attirer les poètes aussi bien que les artistes, il avait institué, à Dion, des concours périodiques de représentations dramatiques'. Euripide trouva, à Pella, avec l'admiration et Tamitié d'un prince*, le repos qu'il désirait tant. Ce fut à la
1. Cette tragédie appartenait à la dernière tétralogie qu'Euripide ait fait jouer à Athènes.
2. Vie, p. 2, 1. 12-14, Schwartz; et Suidas, qui cite un autre Euripide, lequel aurait été le neveu du grand poète.
3. On ne sait à quel moment de la vie du poète il faut placer le ▼oyage qu'il fit à File d'Icaros, oà il composa des vers, qui nous ont été conserves, sur la mort d'une femme empoisonnée avec ses enfants par des champignons (Athen., 11,61 ù). Le voyage que Diogène Laërte, III, 6, lui fait faire en Egypte « en compagnie de Platon *> est de pure fantaisie.