‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 12 sur 351 · Vie, p. G, 1. lij. Scliwartz; Philémon, Fragm. 40 a · texte numérisé non relu

Vie, p. G, 1. lij. Scliwartz; Philémon, Fragm. 40 a

pide est un homme qu'on rencontre si souvent qu'avec le temps il devient un type de comédie. Deux pièces de l'époque alexandrine avaient pour titre <In)v£upi7:(ôr,ç « le fanatique d'Euripide » *. Mais ce qu'il y a de plus caractéristique en ce genre est l'anecdote que conte Lucien, au début de son traité Sur la manière d'écrire Vhistoire. Sous le règne de Lysimaque, une troupe, de passage à Abdère, représenta au théâtre de cette ville V Andromède d'Euripide. L'acteur chargé du rôle principal, Archélaos, était un artiste de grand talent, qui savait donner au public l'illusion et comme le frisson de la réalité. On était au plus fort de l'été. Voilà qu'en sortant du théâtre tous les spectateurs sont pris d'une fièvre qui, pendant plusieurs mois, ne les quitta plus. Cette fièvre était accompagnée d'un délire d'une espèce nouvelle : le délire tragique. Les rues de la ville étaient donc pleines de gens pâles et maigres, qui chantaient ou qui déclamaient à tue-tête les plus beaux passages de V Andromède . « Il ne fallut rien moins que l'arrivée de l'hiver et une forte gelée, dit Lucien, pour mettre un terme à cette folie. » Ce piquant récit, quelle qu'y soit la part de l'imagination du rhéteur, est une preuve de l'enthousiasme qu'excitaient alors les pièces du poète.

Cet enthousiasme se prolongera jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne. Les Pères de l'Église citent quelquefois Euripide. Ce qu'ils admirent en lui, c'est évidemment moins la peinture des passions, que l'élévation des sentences morales dont son théâtre

\. AthcDce, IV, \}. ni) b.

est semé ; ce sont aussi ses attaques contre la religion populaire, attaques qui leur font illusion au point de leur laisser voir en lui une sorte de précurseur du christianisme. Pour Clément d'Alexandrie, Euripide, quand il paraît confondre Jupiter avec Hadès, a pressenti les rapports de Dieu le père et de Dieu le fils*. L'auteur du drame de la Passion du Christ ne craint pas de composer ce grand sujet avec des fragments empruntés à Euripide, et il fait sans scrupule parler •à la Vierge la langue de Médée ou celle d'Hécube. Certains poètes enfin ont pour lui une telle estime qu'ils mettent sous son nom des vers de leur façon, on respire le plus pur sentiment chrétien ^

Ce goût pour Euripide avait passé de la Grèce à Rome. Livius Andronicus, Nœvius, Pacuvius, Ennius, tous ces imitateurs ou ces traducteurs du théâtre grec ont traduit et imité Euripide beaucoup plus sou vent que Sophocle. Plus tard, Ovide, dont les Métamorphoses et les Héroïdes sont toutes pleines des souvenirs de notre poète, compose, à son exemple, une Médée; Varius écrit un Thyeste. Les seules tragédies romaines qui aient été conservées dans leur intégrité, celles qu'on attribue à Sénèque, sont en général de maladroites copies des drames d'Euripide ^ Enfin la

Page 1