Plutarque, Lycurgue, XXXI
5. Schol. Aristoph. Gren., 67. Suidas, EypiuîSy;;, fin. La jeune génération (|ui l'avait soutenu et applaudi (Gre«., 1377), avait grandi.
siècles. Si, pour nous servir de la fiction d'Aristophane, Eschyle était sorti des enfers cent ans après la représentation des Grenouilles, il aurait vu que sa poésie à lui n'était pas sans doute oubliée sur la terre, mais qu'elle y était éclipsée par celle d'Euripide. Sophocle lui-môme, de retour en ce monde, aurait eu un grand sujet d'étonnement. Ce n'étaient plus ses tragédies, si parfaites qu'elles fussent, qui étaient jouées le plus souvent et avec le plus de succès; ce n'était pas lui qui était le plus lu, le plus cité, le plus admiré des poètes tragiques : c'était Euripide. Ce poète, qui, de son vivant, avait eu tant de peine à plaire aux juges des concours dramatiques, passe, aussitôt après sa mort, au rang incontesté de chef d'école. Les tragiques qui lui succèdent subissent tous son influence, veulent tout imiter de lui, reproduisent consciencieusement tous ses défauts, et réussissent si peu à approcher de ses qualités, que l'impuissance de leur imitation rend seulement plus éclatante la supériorité de leur modèle*.
Dans un autre domaine, celui de l'art, l'action d'Euripide, moins directe, est encore sensible. Dès le commencement du quatrième siècle, les artistes, qui jusqu'alors s'étaient inspirés d'Homère et des poètes cycliques, s'inspirent de la tragédie, et ce sont les drames d'Euripide dont ils se plaisent surtout à figurer les scènes. Leurs œuvres, en perdant la simplicité calme et la noblesse idéale des âges précédents,
1. Sur ce point, que nous ne voulons qu'indiquer en passant, voir le travail de M. de Block, Influence morale et littéraire d'Euripide chez les anciens, p. 16-18 {Rev. de l'Jnstr. publ. en Belgique, t. XXI, 2).
acquièrent ainsi plus d'expression, plus de mouvement, et deviennent plus dramatiques. Les artistes se rencontrent avec le poète dans le même effort vers une imitation scrupuleuse de la nature, dans une recherche commune de l'effet et du pathétique. Les peintures de vases attestent encore aujourd'hui combien Euripide était devenu populaire, à quel point son théâtre était familier à tous les artistes, petits et grands*.
Chacun d'ailleurs l'invoque comme une autorité. Les orateurs le citent fréquemment à la tribune. Les philosophes des écoles les plus différentes le considèrent comme étant des leurs. Crantor trouve chez lui des maximes qui sentent l'Académie; Chrysippe n'a pas de peine à y découvrir certaines doctrines du Portique. Il n'est pas jusqu'aux disciples de Diogène qui ne prétendent avoir Euripide pour patron, sous prétexte que Télèphe, avec ses haillons, a donné le modèle de la vie cynique ^ . Euripide est plus qu'admiré ; il est l'objet d'un engouement que quelques-uns poussent jusqu'à la manie. « Si les morts conservaient quelque sentiment, comme certaines gens le croient, dit un personnage de Philémon, j'irais me pendre, afin de voir Euripide \ » L'admirateur passionné d'Euri-
i. Voir l'ouvrage de Vogcl, Scenen Euripideischer Tragôdien in griechischen Vasengeinûlden (Leipzig, 1886). Cf. Kinkel, Euripides und die bildende Ktinst (Berlin, 1872). Cette influence d'Euripide sur l'art avait déjà été signalée par M. Patin, Tragiques grecs ■^, t. I, p. 147 et suiv.
2. Pour les textes relatifs à ces faits et à d'autres du même genre, voir Patin, Tragiques grecs^, t. I, p. l.')5 et suiv.