Electre
derniers scrupules de son honneur. C'est aux mœurs contemporaines et non à la tradition poétique qu'Euripide emprunte ce caractère de la nourrice de Phèdre. Plus d'une servante d'Athènes, les orateurs nous l'apprennent, rendait à sa maîtresse le même genre de funestes services'. A côté des servantes, ce sont les voisines et les amies qui conspirent contre la vertu des femmes mariées, soit qu'elles aient sur la conscience quelque péché dont elles pensent amoindrir la gravité en le faisant partager à autrui ^ soit que leur curiosité naturelle espère trouver sa satisfaction à suivre les péripéties d'une intrigue qu'elles auront nouée et dont elles posséderont le secret. « Jamais, non jamais, dit Hermione, un homme de bon sens ne devrait permettre à sa femme d'en recevoir d'autres dans sa maison : ce sont elles qui lui enseignent le maF. »
Les désordres de la femme ont parfois une cause plus profonde et plus difficile à combattre : l'hérédité. De nos jours seulement la philosophie s'est appliquée à étudier scientifiquement les phénomènes de l'hérédité; mais ces phénomènes, sous leur forme la plus ordinaire, n'avaient pu échapper à l'attention des Clrecs, qui vivaient dans un monde où l'esclavage séparait en deux la société et où les distinctions de races, de cités fet -de familles étaient beaucoup plus tranchées qu'elles ne sont chez nous. Il y aura donc
1. Euripide lui-même insiste sur ce point quand il fait dire à Hippolylc que jamais une servante ne devrait approcher des femmes et qu'il ne faudrait placer auprès d'elles que des animaux muets (v. 645).