‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 187 sur 351 · Eschine, I · texte numérisé non relu

Eschine, I

Mysie, Teuthras recueillit les naufragés, prit Auge pour épouse et éleva Téléphos comme son fils. Bien qu'un texte de Strabon ' semble indiquer que tel était le sujet de la tragédie d'Euripide, il est probable que le poète a suivi une autre version^, qui est celle-ci : Pendant une fête nocturne d'Athèna, Auge est séduite et mise à mal par Hercule, qui lui laisse un an- I / "*^^ neau en souvenir de leur amour passager. Neuf mois après. Auge met au jour Téléphos. Aléos découvre tout. Dans sa fureur, il fait exposer l'enfant en un endroit désert et ordonne de jeter Auge dans les flots. Mais Téléphos est merveilleusement nourri par une biche et Hercule arrive à temps pour reconnaître son iils^ et pour sauver la mère. Quelle qu'ait été la composition de la pièce d'Euripide (et nous n'en pouvons rien deviner), cette histoire représentée sur la scène n'en froissait pas moins certains scrupules. Comme Mélanippe, Auge est une jeune fille qui a commerce, non avec un dieu sans doute, mais, ce qui n'est pas moins compromettant, avec un héros. Circonstance

1. XIII, p. 615. Strabon nomme Euripide; mais le détail qu'il nous donne que c'est « par la providence d'Athèna » qu'Auge aborda en Mysie ne s'accorde pas avec un fragment de la pièce (266, Nauck^), qui suppose la colère de la déesse contre sa prétresse.

2. Cette version se trouve dans un fragment de Moïse de Chorène {Progym., liv. III, 3) publié par A. Mai dans l'édition de Milan, p. 294, de la Chronique d'Eusèbc, et sur lequel M. Wilamowitz- Moellcndorf (Anal. Eurip., p. 189) a le premier attiré l'attention.

3. Ce qui semble indiquer que tel était bien le dénouement de la pièce d'Euripide, c'est que cette scène a été fréquemment reproduite par l'art grec (frise de l'autel de Pergame, Overbcck, Plaslik, IP, p. 254; peinture d'Herculanum, Helbig, Wandgem., 1143). Sur un fragment de plafond de Pouzzoles, aujourd'hui à Paris, au musée Guimet, on voit de même Hercule, appuyé sur sa massue, contemplant un enfant, Téléphos, qui tctte une biche.

aggravante, elle est prêtresse, et une prêtresse vouée à la chasteté, puisqu'elle dessert le culte d'Athèna, la déesse vierge. Enfin elle accouche, profanation abominable, dans le temple même de sa divinité. On sait qu'aux yeux des Grecs un sanctuaire était souillé par la naissance aussi bien que par la mort d'un être humain. Euripide n'avait pas craint de heurter ce préjugé; il essayait même, par la bouche de son héroïne, d'en démontrer l'absurdité. Auge, en s'adressant à Athèna*, lui disait : « Tu prends plaisir à voir les dépouilles enlevées aux morts ^ et ce spectacle ne souille pas ta vue; et parce que j'ai mis au monde un enfant, cela te parait une indignité? » Mais tous les raisonnements d'Euripide ne pouvaient faire que la plupart de ses contemporains ne restassent attachés à un sentiment qu'ils tenaient de leurs pères : l'accouchement d'Augè dans le temple devait nécessairement les choquer. Sophocle, qui avait traité une partie de ce même sujet dans ses Aléades\ avait évité sans doute d'être désagréable aux spectateurs \ en reproduisant ce détail du mythe. Euripide, qui a l'habitude de s'attaquer à toutes les idées fausses, s'est montré moins timide.

Son audace fut plus grande encore dans sa tragédie d'JEolos \ L'aîné des fils d'iEolos, Macareus, racon-

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