‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 190 sur 351 · Mor., i>. 19 e {De aud. poet., cap · texte numérisé non relu

Mor., i>. 19 e {De aud. poet., cap

reine des dieux, qui avertit son époux de cette impudente entreprise. Ici se'place dans la fable un détail singulier : Jupiter, pour bien s'assurer des intentions de l'audacieux séducteur, prend une nuée dans le ciel et donne à cette nuée l'apparence et la forme d'Hèra. Ixion tombe dans le piège qui lui a été tendu : il s'approche de la nuée et s'unit à elle. Jupiter, ainsi édifié sur le compte d'Ixion, châtie l'insolent : il le fait attacher par Hermès à une roue ailée, qui l'emporte à travers les airs ' . — Voilà, il faut en convenir, un singulier sujet de tragédie. On serait tenté de s'étonner qu'il ait été choisi par Euripide, si l'on ne savait que la même légende avait déjà inspiré deux drames à Eschyle ^ Cette fable d'ailleurs ne nous est connue que par quelques vers de Pindare, par les résumés que nous en donnent les scholiastes, et nous Ignorons absolument comment elle avait pu être adaptée à la scène tragique ^Tout ce qu'il est permis de conjecturer c'est qu'Euripide, reprenant un sujet déjà traité par Eschyle, y avait sans doute introduit certaines nouveautés, qu'il avait dû le traiter avec plus de hardiesse que son prédécesseur, avec moins déménagements pour les scrupules des spectateurs. Comment s'y était-il pris pour rendre intéressant à la scène un personnage qui, dans la fable, est purement

i. Pind., Pyth., II, 21-48, Dissen. Diod. Sic, IV, 69, 3. Schol. ApoU. Rhod., III, 62. Schol., Iliade, I, 268.

2. Les Verrhxbides et Ixion, qui appartenaient peut-être à la même trilogie.

. 3, L'amphore du Musée de l'Ermitage do Saint-Pétersbourg, qui représente le supplice d'Ixion aux enfers (Raoul Rochctte, Monum^ inéd., pi. 43, 1 ; Arch. Zeitung, 1844, taf. 13), ne fournit aucun renseignement sur la pièce d'Euripide.

odieux? Si grande qu'ait été son habileté, il est certain qu'il n'avait pu triompher entièrement des répugnances du public. Il essayait, à ce qu'on raconte, de répondre à ce sentiment en disant : « Je n'ai pas fait quitter la scène à Ixion avant de l'avoir attaché à sa roue*. » Si le mot est bien d'Euripide, il est caractéristique; Justifier par le supplice d'Ixion les audaces du personnage, qu'était-ce autre chose que réclamer pour le poète tragique le droit de montrer sur la scène toutes les perversités, à la seule condition de faire assister les spectateurs au châtiment final des coupables?

Cette théorie n'était pas celle d'Aristophane, ni de ceux qui pensaient comme lui. « Le poète, le vrai poète, dit Eschyle dans les Grenouilles S doit cacher le mal, ne pas l'introduire sur la scène ni l'y faire représenter. Les jeunes enfants, c'est le maître d'école qui les instruit; les jeunes gens, c'est le poète : aussi ne devons-nous dire que des choses honnêtes. » La question de la moralité du théâtre, qui partage aujourd'hui les esprits, divisait donc déjà l'opinion à Athènes. Mais cette question y était plus limitée qu'elle n'est chez nous. Il suffit d'avoir lu quelques scènes d'Aristophane pour comprendre qu'elle ne se posait pas du tout en Grèce à propos de la comédie. Le débat portait donc uniquement sur la tragédie, que quelques-uns voulaient conforme à un certain idéal de grandeur, de noblesse et de vie supérieure, qu'Euripide au contraire ne craignait pas de rap-

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