V. 1053 et 8uiv
procher de la vie commune, en y représentant l'humanité non seulement dans ses misères et ses faiblesses, mais jusque dans ses turpitudes. Nous admettons volontiers aujourd'hui que les héros tragiques ne peuvent être tous, sans exception, des modèles d'honneur et de vertu; mais il faut bien reconnaître que les critiques d'Aristophane à cet endroit portent juste. « La fable de Phèdre n'est-elle donc pas vraie, et est-ce moi qui l'ai inventée? » demande Euripide à Eschyle*. Celui-ci lui répond : « Assuré- « ment, elle est vraie » , et il laisse entendre : « Mais « à quoi bon montrer ces ignominies »? A quoi bon en effet? Les autres fables de la mythologie héroïque étaient-elles donc si pauvres en événements et si dépourvues de personnages dramatiques que, pour intéresser et pour toucher, il fallût de toute nécessité avoir recours à une Sthénébœa et à une Aéropé, à un Ma^ careus ou à un Ixion? Ni le besoin d'innover, ni la recherche du pathétique, ni l'idéal particulier qu'Euripide s'était fait de la tragédie, ni la moralité générale du dénouement de ses pièces n'étaient des raisons suffisantes pour justifier le choix de tels personnages et de pareils sujets. La jeunesse, que séduisent toutes les audaces, pouvait s'en réjouir : les « vieillards do Marathon » et tous ceux qui prenaient souci de l'intégrité de l'éducation nationale, n'avaient pas tort de s'en désoler.