‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 217 sur 351 · Suppliantes, v · texte numérisé non relu

Suppliantes, v

morale. C'est que les héros épiques sont devenus des hommes, accessibles à toutes les faiblesses. L'excès qui se remarque en eux dans l'expression de la plainte est donc bien en rapport avec la façon dont le poète a conçu la tragédie.

L'effet de ces émotions diverses était quelquefois redoublé par la mise en scène, dont Euripide paraît s'être préoccupé plus que Sophocle. La pitié que ses personnages inspirent ne naît pas seulement des situations et du dialogue : elle naît encore du spectacle. Dans plusieurs dQ ses drames*, quand la scène s'ouvrait, on avait sous les yeux des femmes, des enfants, des vieillards, rassemblés autour de l'autel de la divinité. Ces groupes, dont la disposition harmonieuse charmait les yeux, touchaient le cœur en même temps : ces suppliants, en effet, étaient des êtres faibles qui n'étaient venus se mettre sous la protection des dieux que parce qu'elle était leur unique ressource contre les périls qui les pressaient. Avant qu'ils eussent rien dit, leur vue seule intéressait; ils présentaient un aspect et ils portaient un costume qui parlaient aux yeux. Le costume est un des moyens extérieurs dont Euripide s'est le plus souvent servi, sinon pour provoquer, du moins pour augmenter la pitié. La Jocaste des Phéniciennes, depuis le départ de Polynice, n'a plus de voiles blancs : elle s'habille de vêtements noirs et déchirés, en signe de deuiP. Les mères argiennes àes Suppliantes, qui

1. Les Héraclides, Hei-cule, les Suppliantes, pour ne parler que des pièces conservées.

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