‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 216 sur 351 · Oreste, v · texte numérisé non relu

Oreste, v

la vue de son lit nuptial, ne peut contenir son émotion : elle fait plus que pleurer; elle inonde le lit de torrents de larmes'. Mégara, condamnée. à mort avec ses fils, voudrait, par un sentiment dont l'expression va jusqu'à la subtilité, « recueillir les sanglots de tous ses enfants, se les approprier et s'en servir pour répandre un flot de pleurs^ ». La douleur des mères thébaines, dans le chœur des Suppliantes^ s'épanche en gémissements « aussi inépuisables que le filet d'eau qui descend d'une roche escarpée^ ». Que les femmes des tragédies d'Euripide pleurent souvent, cela n'a rien d'ailleurs de bien surprenant, puisque la femme, le poète lui-même le remarque \ est un être faible, naturellement porté aux larmes. Mais les hommes eux-mêmes se lamentent parfois chez lui sans raisons suffisantes. Adraste, par exemple, le chef des Argiens tombés devant Thèbes, se tient debout à la porte du temple de Dèmèter, dans une attitude qui annonce une profonde désolation : il a la tête cachée sous son manteau, et en même temps il sanglote : « il pousse des gémissements lamentables '» . A-t-il perdu un enfant, une femme, une mère? Il n'a perdu que ses compagnons de guerre. Euripide a donc fait pleurer, en certaines circonstances, ces héros de l'épopée, à qui les tortures du corps pouvaient bien arracher des cris, mais que les poètes d'autrefois peignaient plus forts contre la douleur

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