Ion
Il y a donc quelquefois dans le théâtre d'Euripide un comique de situation qui tient au sujet même de la pièce. Il y a aussi, et plus souvent, des personnages dont le langage produit, par intervalles, un effet comique, bien que les événements oîi ils se trouvent mêlés soient des événements tragiques. Mais entre ces personnages il faut distinguer. Les esclaves et les gens du peuple, par exemple, n'ont nulle part dans la tragédie grecque les sentiments des héros, et ils font de temps en temps sourire par l'expression naïve de leur égoïsme. Les messagers ne peuvent arriver sur la scène sans se plaindre de la longueur de la route qu'ils ont parcourue, du froid ou du chaud qu'ils ont endurés, des dangers réels ou imaginaires auxquels ils ont échappé, sans s'attarder à mille détails insignifiants, avant d'en venir à l'événement important et souvent capital dont ils sont chargés d'apporter la nouvelle. Les nourrices, elles aussi, dépensent plus d'une parole vaine. Celle des Choéphores, Cilissa, n'apprend pas sans déplaisir la fausse nouvelle de la mort d'Oreste ; mais ce qui la touche surtout dans ce malheur c'est l'inutilité des peines que l'enfant lui a coûtées alors qu'il était dans ses langes, c'est le souvenir des nuits qu'elle a passées jadis auprès de lui ; et elle donne sur la toilette de son nourrisson, sur la nécessité où elle était de prévoir chacun de ses besoins, sans y réussir toujours, des détails du réalisme le plus cru^ Et l'on rit du bavardage de cette bonne femme au moment même