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OÙ l'on était ému ; car c'est elle qui vient chercher Égisthe, et l'arrivée d'Égisthe, on le prévoit, va précipiter le drame. De même, dans VAntigone de Sophocle, il y a un homme du commun, un garde, dont le langage et l'attitude contrastent avec la gravité des circonstances : c'est celui qui est chargé d'annoncer à Créon que le cadavre de Polynice, malgré la surveillance dont il était l'objet, a reçu d'une main inconnue les premiers honneurs funèbres. L'inquiétude de cet homme, qui est venu malgré lui et en tremblant, ses précautions oratoires pour faire connaître au roi la fâcheuse nouvelle, le soin qu'il prend de dégager sa responsabilité, son empressement à vider la place aussitôt qu'il s'est acquitté de sa mission*, tout cela est vraiment plaisant.
Euripide n'est donc pas le premier poète tragique qui ait fait tenir à des esclaves des propos qui excitaient l'hilarité du public. Mais peut-être l'esclave de son Oreste est-il plus comique que ne l'avait été jusqu'alors aucun de ses pareils. Cet homme — circonstance aggravante pour lui — est un eunuque phrygien qui, avant même qu'il eût ouvert la bouche, était reconnu à son costume. Les Asiatiques sans doute n'étaient pas des personnages de théâtre nouveaux pour les Athéniens, qui avaient vu représenter les Édoniens, les Bassarides, les Pers^y d'Eschyle ; mais c'était un moyen toujours sûr de plaire à des Grecs que de rendre ridicule un barbare. Les spectateurs riaient donc
1. Soph., Antig., 223-231. — Le messager des Suppliantes d'Euripide déclare (v. 634 et suiv.) qu'il apporte de bonnes nouvelles : d'abord il est sauvé; ensuite, Thésée est vainqueur.
d'abord de l'accoutrement du Phrygien; ils riaient ensuite et surtout de son effarement et de sa mine épouvantée. Pour fuir le danger dont il était menacé, il . s'est échappé par les triglyphes doriques; en langage moderne, il a sauté par la fenêtre, et le voilà maintenant courant en tout sens sur la scène, possédé d'une telle peur qu'il voudrait « s'envoler dans les plaines de l'air ou sur la mer qu'entoure de ses bras le fleuve Océan* ».
Que lui est-il donc arrivé? Il était auprès d'Hélène, occupé à agiter un éventail de plumes autour de la tête de sa maîtresse , quand la catastrophe a éclaté. Oreste, sous prétexte d'adresser une prière à Hélène, l'a entraînée près du foyer de Pélops, tandis que Pylade chassait de la chambre les esclaves et les mettait sous clef. Le crime alors s'est consommé. Oreste a saisi Hélène par les cheveux, lui a incliné le cou sur l'épaule gauche, et lui a plongé son glaive dans la gorge. Aux cris qu'elle poussait, les esclaves ont enfoncé les portes des chambres oii ils étaient enfermés et se sont portés au secours de leur maitresse. Mais que peut contre deux Grecs résolus une troupe de Phrygiens? Les uns sont tués, les autres blessés; la plupart — et notre homme est du nombre — ont cherché leur salut dans une fuite prudente. Mais le malheureux n'est pas au bout de ses épreuves. Tout d'un coup, il se trouve en face d'Oreste, qui sort du palais, et qui le poursuit, l'épée nue. Alors commence une vraie scène de comédie. Le Phrygien tient