‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 262 sur 351 · LES DÉNOUEMENTS HEUREUX · texte numérisé non relu

LES DÉNOUEMENTS HEUREUX

jeune Phrixos. Athamas son père, le cœur déchird, se décide comme Agamemnon à sacrifier son enfant à l'intérêt commun. Phrixos est amené devant l'autel de Jupiter ; il va être immolé, quand sa mère Néphélè l'arrache aux mains du sacrificateur et le fait monter, avec Hellé, sur le bélier à la toison d'or, qui les emporte à travers les airs'. C'est également en vertu d'un miracle qu'Iphigénie échappe à la mort. Le prêtre a saisi le glaive : il examine l'endroit de la gorge où il doit frapper, il frappe, mais la vierge a disparu : à sa place est étendue sur l'autel une biche palpitante, dont le sang coule à flots. Qu'est devenue Iphigénie ? Elle n'est pas morte, le coup qui lui était destiné ne l'ayant pas atteinte. Puisqu'elle est vivante, où peut-elle être sinon auprès des dieux, dans la compagnie de la vierge Artémis, qui vient de manifester sa puissance avec tant d'éclat? Le dénouement de Ylphigénie à Aulis, qui devait être un dénouement triste, se change donc soudain, par l'action cachée mais sûre d'une divinité, en un dénouement heureux. « Réjouissons-nous, dit Agamemnon, du sort de notre iille; elle habite réellement parmi les dieux ^ »

La satisfaction d' Agamemnon en cette circonstance est un sentiment mystique, trop détaché, à notre goût, de la nature et de ses aff"ections. Les person^ nages d'Euripide se réjouissent plus naturellement quand ils voient les êtres qui leur sont chers échapper à la mort, non pour s'envoler au séjour divin, mais pour rester auprès d'eux dans l'existence terrestre.

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