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souffle du vent * : elle n'aurait donc pas eu besoin de machine. Mais il en fallait une dans V Andromède de Sophocle, puisque Persée revient, en volant, du pays des Gorgones, une aussi peut-être dans le Bellérophon d'Euripide, où le héros, au commencement de la pièce, était sans doute figuré montant sur le cheval Pégase, qui l'enlève dans les airs.
On ignore la date du Bellérophon ', mais on sait qu'en 431 Euripide eut recours à une machine pour aider au dénouement d'une de ses pièces. Médée, qui a tué ses enfants, qui a fait périr, dans d'atroces souffrances, la jeune reine de Corinthe et son père Créon, ne peut se soustraire par des moyens ordinaires au châtiment qui l'attend. Pour qu'elle y échappe, le poète la fait monter sur un char ailé, don de son père Hélios, du haut duquel elle se rit de Jason et de sa fureur impuissante ^ La machine qui emporte à travers les airs l'enchanteresse de Colchide n'est pas la même que celle qui plus tard amènera les dieux du ciel. Celle-ci nous est mal connue. On voit seulement que dans les pièces d'Euripide les apparitions divines se produisaient de deux manières diff"érentes. Tantôt, comme dans les tragédies des Suppliantes, &' Hélène, à'Iphigénie en Tauride et d'Oreste, rien ne les annonce, elles sont soudaines, et il semble que, in-
1. Eumén. 403-405. Au lieu de ictoXoi; àx(i,atoi; que donnent les manuscrits, quelques critiques conjecturent xwXot; ; M. Woil, plus heureusement, Ttvoaî; ou ttvôoi;.
2. Les vers 426-427 des Acharniens d'Aristophane indiquent seulement que la pièce est antérieure à l'an 425.
3. Médée, 1317 et suiv. Ce char, sur une amphore apulienno du Musée do Naples, est attelé do serpents {Arch. Zeitung, 1867, pi. 224, 1).
visibles pour les acteurs, elles ne soient aperçues que des spectateurs ; il faut se représenter alors les dieux sur le théologéion, sorte d'estrade ou de galerie placée tout en haut de la scène', et qui était censée figurer le ciel, séjour des immortels, d'où leur voix descend. Tantôt — et c'est ce qui arrive dans Andi^omaque^ dans Ion, dans Electre — la divinité se présente aux yeux des personnages du drame sous la forme d'une apparition brillante, qui domine le faîte des temples et des palais, où son rayonnement majestueux éblouit et frappe de saisissement. « Que vois-je? dit Ion. Quelle est, au-dessus de la demeure sacrée, cette divinité qui apparaît et montre sa face, brillante à l'égal du soleil? Fuyons, ma mère; craignons de regarder les dieux, quand ce n'est pas pour nous le moment de les voir^ » Quelquefois enfin cette épiphanie est précédée d'un bruit vague, mystérieux, d'un grand mouvement dont l'air est troublé ^ et qui annonce aux mortels inquiets l'approche d'un être divin.
Quel est l'effet de ces interventions sur les dénouements du théâtre d'Euripide? On ne peut faire à cette question de réponse générale. Pour la résoudre, il
1. On peut se demander avec Alb. Mollcr, Bûhnenaltertliûmer , p. 155, n. 3, si le théologéion était à demeure et toujours visible, ou s'il n'était aménagé que pour la circonstance. Ce qui donne de la valeur à cette dernière hypothèse, c'est que le théologéion est classé par Pollux {Onom., IV, 130) parmi les machines, entre le PpovTsîov et la yspavoî, qui ne devaient être mises en jeu que quand cela était nécessaire.