‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 266 sur 351 · Ion, 1549-1552. Cf. Berc · texte numérisé non relu

Ion, 1549-1552. Cf. Berc

3. Andromaque, 1226 et suiv. Hippolytc reconnaît encore l'approche d'Axtémis au parfum qui se répand dans l'air (v. 1391).

convient de passer en revue, dans l'ordre chronologique, autant qu'il est possible, chacun des drames où une divinité parait vers la fin '.

Dans VHippolyte, Artémis n'arrive pas pour dénouer l'action, qui n'a plus besoin d'être dénouée, qui est à son terme. La catastrophe a éclaté : le lils de Thésée va mourir, et Artémis, toute déesse qu'elle est, n'a pas le pouvoir de détourner ce malheur. Si elle apparaît ^ c'est pour justifier Hippolyte des accusations calomnieuses de Phèdre; c'est surtout pour consoler dans la mort son jeune favori et pour lui adoucir l'amertume des derniers instants. Le dénouement du drame aurait pu se passer de l'intervention d'Artémis; il n'eût pas été difficile à un poète si fertile en expédients d'imaginer un autre moyen de faire connaître la vérité à Thésée. Mais quoi de plus touchant que de voir à côté du jeune homme expirant la déesse qu'il a tant aimée et qui, sans le vouloir, a été cause de sa perte, puisque le mystique amour qu'il a conçu pour la vierge divine a attiré sur lui toutes les colères d'Aphrodite? La présence, auprès d'Hippolyte mourant, d'Artémis qui voudrait pleurer, qui regrette que sa divinité l'en empoche, donne à l'émotion de cette fin un caractère de no-

1, Quelquefois les divinités interviennent dans le coure de l'action, par exemple Iris et Lyssa, Hercule, 817. C'était avant le dénouement que Neptune, dans la Mélanippe encliainée, révélait à Bœotos et à yEolos qu'ils étaient ses fils et que leur mère était prisonnière.

2. V. 1282. Invisible pour Thésée comme pour Hippolyte (cf. v. 86), la déesse se montre sans doute ÈTtî {'■'ÎX*''^»! au-dessus du palais, probablement du côté de sa statue.

blesse idéale et d'élévation religieuse qui ne se retrouve pas ailleurs.

Dans \ Andromaque , représentée entre 431 et 424, c'est la déesse Thétis qui « traverse la blancheur de l'éther * », pour descendre vers les plaines de Phthie, théâtre du drame. Si la déesse marine a été choisie de préférence aux grandes divinités de l'Olympe, c'est que jadis elle fut l'épouse du héros Pelée. Or Fêlée a un rôle dans la pièce : c'est lui dont la fermeté arrête l'entreprise criminelle de Ménélas et d'Hermione qui avaient tramé la perte d' Andromaque et de son fils; c'est lui encore qui, bientôt après, est frappé d'un grand malheur : on lui annonce la mort de son petit-fils Néoptolème, tué par les Delphiens à l'instigation d'Oreste. Le meurtre de Néoptolème est la catastrophe du drame; mais cette catastrophe laisse en suspens le sort des autres personnages. On sait, il est vrai, que, depuis le départ de Ménélas et l'enlèvement d'Hermione par Oreste, Andromaque et son fils, auxquels on s'intéresse avant tout, sont sauvés; mais maintenant, Néoptolème mort, que vont-ils devenir, sans protecteur? Que deviendra de son côté le vieux Pelée si, en perdant son petit-fils, après avoir déjà perdu son fils, il ne meurt pas de chagrin? C'est à cette curiosité du public que Thétis e&t chargée de répondre. Elle peut le faire d'autant mieux qu'elle est déesse, et qu'à la différence des pauvres mortels, les divinités connaissent l'avenir ou en disposent. Grâce à elle, tout s'arrangera. Andromaque partira

avec son fils pour l'Epire, où elle épousera Hélénos et où Molossos sera l'ancêtre d'une race de rois. Pelée ira à Delphes ensevelir Néoptolème près de l'autel pythien, pour la honte des Delphiens. Une fois de retour, il habitera le palais de Nérée avec Thétis, qui fera de lui un immortels — En arrivant au-dessus de la scène, la déesse ne tranche donc pas le nœud de l'action, qui est déjà doublement résolue par le salut d'Andromaque et par la mort de Néoptolème : son intervention a seulement pour résultat de faire connaître les événements qui seront la suite de cette action. Mais Thétis ne se borne pas à annoncer un avenir que sa science prophétique de divinité marine pourrait lui mettre devant les yeux: elle veut aider encore à la réalisation de cet avenir en donnant à Pelée, chargé de les exécuter, des instructions précises. Elle vient donc, à la satisfaction des spectateurs, régler une situation qui, sans elle, fût restée incertaine.

Dans les Suppliantes, le drame est également fini quand arrive Athèna. Mais nulle part peut-être la présence d'une divinité ne se comprend mieux, puisque les événements qui viennent de se passer intéressent et engagent, dans une certaine mesure, l'avenir de- la grande cité consacrée à la déesse. Adraste a promis aux Athéniens, comme prix des services rendus, l'éternelle reconnaissance d'Argos. En apparaissant subitement devant Thésée et Adraste, la déesse se rend témoin de cette promesse, à laquelle

i. Vers 1239 et suiv.

elle veut donner un caractère d'obligation sacrée : elle la fait ratifier par un serment. Adraste devra jurer que « jamais les Argiens ne porteront la guerre sur le territoire des Athéniens, et que, si d'autres ennemis l'envahissent, ils les repousseront par la force des armes » . La cérémonie du serment sera accompagnée de sacrifices dont la déesse règle les plus minutieux détails. Elle se tourne ensuite vers les enfants des guerriers morts, vers ceux qu'on appellera plus tard les Epigones, et elle leur annonce (c'est en effet une révélation plutôt qu'un ordre) qu'un jour, arrivés à l'âge d'homme, ils iront, pour venger leurs pères, détruire Thèbes'. Ainsi la haine des Argiens contre les Thébains et leur amitié pour Athènes sont également placées sous la garde d'une autorité divine. Le caractère particulier des Suppliantes, qui est une pièce toute politique, explique et justifie ces prévisions d'avenir, qui ne pouvaient être mieux placées que dans la bouche de la grande divinité protectrice d'Athènes.

Cette même divinité se montre à la fin de l'/ow, où on ne l'attendait pas. On est à Delphes : il eût été juste que le dieu de Delphes, qui est l'auteur de l'intrigue du drame, se présentât au dénouement pour répondre de tout et pour tout régler. Mais Apollon, dont la conscience n'est point tranquille, n'a pas voulu paraître lui-même, de peur qu'on lui reprochât publiquement les faiblesses de son passé ^ Athèna vient à sa place. C'est elle qui confirme au jeune Ion

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