‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 267 sur 351 · Ion, 15o · texte numérisé non relu

Ion, 15o

le secret que sa mère vient de laisser échapper, à savoir qu'il est le fils d'Apollon, et qui lui apprend en même temps que le dieu, en le donnant à Xouthos, a eu pour unique dessein de le faire entrer dans une famille royale. Xouthos n'est pas son père, mais il est utile qu'il paraisse l'être et qu'il croie l'être : il faudra donc que Creuse le laisse vivre dans la douce illusion de sa fausse paternité', La déesse, qui se charge d'un office assez singulier pour une déesse vierge^, est mieux dans son rôle quand elle annonce qu'Ion, placé sur le trône d'Athènes, sera l'ancêtre d'une illustre race. Cette glorification patriotique des Ioniens faisait oublier aux spectateurs ce qu'a de peu vraisemblable l'intervention d'Athèna à la fin de ce drame. Celle des Dioscures au dénouement A' Electre s'explique mieux, en ce sens que Castor et Pollux sont les frères divins de Clytemnestre, qui vient de tomber sous le couteau d'Oreste, et que l'événement du meurtre de leur sœur, auquel ils ne sauraient être indifférents, a pu les attirer à Argos. Mais, sans parler de l'allusion aux affaires de Sicile, que do choses se mêlent dans le discours des Dioscures! On y trouve à la fois : la condamnation du rôle d'Apollon, qui a poussé un fils à tuer sa mère; l'annonce de l'ensevelissement d'Égisthe par les Argiens et de celui de Clytemnestre par les mains de Ménélas et d'Hélène, qui vont arriver; l'arrangement du mariage

2. Le poète lui-même nous suggère cette critique. Dans le prologue A'Oresle, Electre, faisant allusion à l'adultère d'Égisthe et de Clytemnestre, dit qu'il n'est pas beau à une vierge de parler do choses pareilles (v. 26j.

de Pylade et d'Electre, lesquels emmèneront avec eux l'honnête laboureur; la fuite d'Oreste, qui ira se faire juger à Athènes par l'Aréopage, et après son acquittement s'établira en Arcadie, dans une ville à laquelle il donnera son nom ^ Les Dioscures n'ignorent rien de ce qui adviendra de tous les personnages do la pièce, des survivants aussi bien que des morts : le poète a voulu que nous fussions fixés par eux sur le sort do chacun.

Il en est de même dans Hélène où les Dioscures, qui sont les frères de la femme de Ménélas, prennent prétexte de cette parenté^ pour apparaître encore. Les Dioscures sont sans influence sur l'action principale du drame, puisqu'Hélône et le mari qu'elle a retrouvé ont réussi à s'échapper d'Egypte et sont déjà au large; ils mettent seulement obstacle à une action secondaire, qui pouvait être la conséquence de la première : en calmant la colère du roi Théoclyménos, ils l'empêchent de tuer sa sœur, qui s'est rendue complice de l'évasion. En même temps, ils révèlent l'avenir : non seulement ce qui suivra immédiatement, l'heureux voyage des deux époux, dont ils vont escorter le navire à travers les mers, mais leurs destinées encore lointaines etau delàde la tombe, alors qu'Hélène partagera avec ses frères les honneurs divins, et que Ménélas devra à son alliance à une fille de Jupiter d'aller habiter les Iles Fortunées ^

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