Vers
lice de Polyxène ; il interroge l'esclave qui apporte le corps de Polydore, et gémit, à ce spectacle, avec Ilécube; vers la lin, il fait des vœux pour le châtiment de Polymestor et se déclare prêt à entrer, s'il est besoin, dans la tente où s'exécute le meurtre \ On a pu cependant reprocher à ce chœur de songer trop à son propre sort, et pas assez à celui des acteurs du drame. C'est que sa situation n'est pas celle des choreutes ordinaires, qui peuvent disposer pour d'autres que pour eux-mêmes de toute leur émotion et de leur entière pitié. Si l'infortune d'Hécube est au comble, celle du chœur, moins complète, est cependant cruelle . Ces femmes Iroyennes qui, dans la guerre, ont perdu leurs maris, ces captives, déjà la proie des vainqueurs, qui viennent d'être arrachées au sol natal et que l'exil disperse à tous les coins du monde, sont bien misérables. En cet état, comment auraient-elles assez d'abnégation pour s'oublier totalement et pour confondre leurs douleurs dans la douleur plus poignante encore de celle qui était leur reine? Comme les choreutes de VAjax de Sophocle, et avec plus de raison que ceux-ci, elles exprimeront donc des sentiments personnels, qu'on peut qualifier d'égoïstes. Polyxène immolée, Polydore tué traîtreusement par son hôte, ne seront pas la matière de leurs chants lyriques. Mais leur pensée sera hantée par le souvenir de cette dernière nuit de Troie, qui revit pour elles dans ses moindres détails; oti leur imagination, se portant vers l'avenir, se représentera les cruautés et les hu-
miliations de la servitude qui les attend. Troie ruinée et ses femmes traînées en captivité, voilà donc ce qu'elles rappellent surtout et ce qui forme comme le fond de tableau sur lequel se détachent les malheurs propres d'Hécube. Il, est certain que le chœur, en attirant l'attention sur son sort à lui, distingué de celui de la reine, se rend, à certains moments, indépendant du personnage principal. Il n'est pas moins certain que CCS stasima, peu étendus d'ailleurs, qui ne se rapportent pas aux moments successifs et aux phases diverses du drame, mais à une situation générale qui ne change point, contribuent à donner au chœur à'Hécube une physionomie à part.
Celui d'Hercule présente également certains traits qui ne se rencontrent pas dans les tragédies antérieures. Le rôle de ce chœur est aussi net d'ailleurs qu'on peut le désirer. Les vieillards thébains qui le composent, contemporains et compagnons de guerre d'Amphitryon, prennent énergiquement la défense des enfants d'Hercule contre l'usurpateur Lycos, qu'ils vont jusqu'à menacer de leurs bâtons *. Un discours du coryphée, dont la longueur sort des habitudes de la tragédie grecque % montre qu'ils ont la prétention qu'on compte avec eux. A l'heure du châtiment de Lycos, ils entendent avec satisfaction ce qui se passe derrière la scène, répondent par des mots impitoyables aux cris de détresse du tyran, et, quand il est frappé à mort et que le silence se fait, la