‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 296 sur 351 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

2. Il na pas moins de vingt-trois vers (252-274). Le coryphée d'ordinaire ne prend part au dialogue que par de courtes réflexions.

joie qu'ils éprouvent éclate en un chant de victoire où toutes les divinités, toutes les rivières, toutes les montagnes de Thèbes sont associées par eux au bonheur de la délivrance *. — La seconde partie du drame les émeut davantage encore. Comme ils ont assisté à l'entretien d'Iris et de Lyssa et qu'ils savent ce qui va arriver, ils prêtent l'oreille aux bruits qui viennent de l'intérieur, devinent ce qu'ils ne voient pas par ce qu'ils entendent, et suivent les brusques progrès de cet horrible drame avec une angoisse et une épouvante croissantes. Le spectacle qu'ils ont ensuite sous les yeux lorsque le palais s'ouvre, et que V eccyclème amène sur la scène les cadavres des enfants d'Hercule avec leur père étendu à côté d'eux et lié à une colonne, est un spectacle trop affreux pour que leurs voix s'unissent dans un chant d'ensemble pour en rendre l'impression. Chacun d'eux, par de courtes plaintes, déplore donc, à son tour, l'atroce calamité ou s'en entretient avec Amphitryon. Cette division extrême des voix des choreutcs montre à quel degré est portée leur émotion, dont l'expression se répète ainsi avec une insistance douloureuse, et qui, étant individuelle, a un accent plus pénétrant. Et pourtant ce chœur si passionné et d'un rôle si dramatique est un de ceux dont les chants prêtent déjà à la critique. C'est dans Y Hercule qu'on trouve pour la première fois un exemple bien caractérisé de ces morceaux qui se rattachent au drame moins par un motif que par un prétexte. ^Je ne veux pas parler

i. Troisième stasimon, 763-814.

de l'hymne en l'honneur des Travaux du héros*, qui pourrait assurément être inséré dans une autre tragédie dont Hercule serait également le premier personnage; comme celui-ci d'après la donnée de la pièce, est descendu dans l'Hadès, d'oii il ne revient pas et d'où l'on peut craindre qu'il ne revienne jamais, cet hymne doit être considéré comme un panégyrique funèbre qui n'est pas étranger à la situation.- Quant au second stasimon, il se justifie mal. Un mot suffit à lui donner naissance. Hercule vient de dire que tout père aime naturellement ses enfants; et le chœur de s'emparer aussitôt de cette réflexion banale pour vanter la jeunesse, en lui opposant la vieillesse avec son cortège de misères, la vieillesse qui ne peut avoir d'autre consolation que le culte des Muses^ Par cette dernière idée, on revient sans doute au sujet, puisque les choreutes déclarent que, tout vieux qu'ils sont, ils savent encore chanter et qu'ils désirent chanter Hercule ; mais, dans l'intervalle, le poète leur a fait dire ce qu'il voulait etnon ce que demandait le drame. On n'attendait ni réflexions sur la vieillesse, ni insinuations malveillantes à l'égard des dieux; on espérait que le chœur serait tout entier à la joie et à la surprise du retour d'Hercule.

Deux morceaux aussi peu liés à l'action, quoique d'une inspiration diff"érente, se rencontrent dans VÉlectre. Ce n'est plus la pensée du poète que le chœur y exprime , c'est la sienne. Mais cette pensée se détache trop facilement du présent pour s'élancer

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