‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 312 sur 351 · Vers 518-575, Wccklein · texte numérisé non relu

Vers 518-575, Wccklein

2. Pour vérifier ce que nous venons d'avancer, il suffit d'avoir sous les yeux le tableau des rythmes des chceurs d'Kuripidc (Arnoldt, /. cit.).

qu'il défilait sous les yeux du public, pour gagner l'estrade de rorchestre et la place qui lui était assignée. Mais cette définition n'a rien de rigoureux : Aristote, parlant de la parodos, se borne à dire qu'elle était « le premier chant complet du chœur »'. Le défilé des choreutes vers la fin de la première scène ou aussitôt après, dont Sophocle semble s'être fait une règle, n'était pas en effet chose nécessaire ni imposée pai^ la tradition. Parfois, c'était au moment même du lever du rideau^ qu'on entendait les premiers accents du chœur, déjà groupé soit dans l'orchestre, soit exceptionnellement sur la scène même. Eschyle avait donné cet exemple dans ses Suppliantes, dans ses Perses, dans ses Euménides. Il ne pouvait en être exactement de même chez Euripide où le drame ne commence jamais par des chants parce qu'il y a toujours un personnage de prologue; mais ce personnage n'empêchait pas que quelquefois le chœur ne fût là dès le début, soit à côté de lui, comme cela arrive dans les Suppliantes, soit dans l'orchestre, ce qui est le cas pour les Bacchantes. Et, quant à ces deux pièces, le poète avait eu une intention qui se devine aisément. Puisque c'est le chœur qui motive le drame des Sup-

1. Poétique, xn : yopiy.oO lï uâpoSo; [xèv ■f\ iipiovr, "/.ih; ÔXou ■/oç/0\i, corrigé par Westplial en )i$i; oXyj toO yopoO. La définition du Sclioliaste des Phéniciennes, 202 : « la parodos est le chant du chœur en marche, pendant qu'il fait son entrée », n'est pas exacte et ne s'applique pas à tous les cas.

2. Ce n'est là qu'une façon moderne de parler. On sait que l'existence d'un rideau de la scène, attestée pour les théâtres romains, n'est pas suffisamment démontrée pour les théâtres grecs. Alb. Millier, Griech, Biihnenal ter t humer, 108-170, résume les discussions qui se sont élevées à ce sujet. .

pliantes, ce chœur ne doit-il pas être arrivé quand l'action va s'engager ; et d'autre part, la troupe lydienne des Bacchantes n'est-elle pas le cortège inséparable du prophète du dieu qui dit le prologue et dont ces femmes composent le thiase?

Quand le poète n'est pas guidé par ces raisons particulières, le chœur fait son entrée, soit en silence, pendant le premier dialogue, soit en chantant, quand ce dialogue est terminé. Sur ce point, la pratique d'Euripide ne diffère pas de celle de Sophocle. Tous deux ont dû renoncer aux riches développements de la parodos eschyléenne qui, précédée généralement d'un long prélude anapestique dit par le coryphée, déroulait son ampleur dans une longue suite de strophes*. Le prélude, qui tient encore sa place, quoique très restreinte, dans VAjax et dans YAlceste, disparaît ensuite presque entièrement ^ et la parodos elle-même se trouve réduite, dans la mesure réclamée par un public que le dialogue intéresse désormais plus que léchant. Ce public cra,int sans doute la monotonie ; car les poètes lui offrent des parodoi de formes si variées qu'avec le temps la plus régulière de ces formes est devenue presque l'exception. Dans six tragédies d'Euripide seulement sur dix-sept, toutes les voix du chœur s'unissaient pour chanter le premier morceau; encore n'est-on pas assuré que cet en semble durât pendant tout le temps de la parodos. La répétition de la même idée dans deux couples de strophes

1 . Il faut noter cependant que la parodos dos Choéphores et celle des Eumdnides sont assez courtes.

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