Arch. Zeitung, t. XXVIII (1871), pi. 26 et p
présentent, avec quelques variétés, des traits essentiels communs. Au premier aspect, la tête d'Euripide paraît plutôt celle d'un philosophe que celle d'un poète. La barbe est abondante et irrégulière'. Les cheveux, rares au sommet de la tête, retombent longs sur les côtés et encadrent noblement la figure. L'inclinaison de la tête, légèrement penchée en avant, la fixité profonde du regard, les plis qui sillonnent le^ front, marquent l'effort réfléchi, l'intensité de la méditation. La bouche en même temps exprime la douceur et la bonté; un grand air de franchise et d'honnêteté supérieure est répandu sur toute cette physionomie. Mais ce qui y domine, c'est une expression de fatigue et d'abattement; c'est un fond de gravité triste ^
La philosophie est-elle responsable, avec la nature, de cet état d'esprit du poète? A en croire la tradition, d'autres causes auraient contribué à assombrir l'âme d'Euripide. Yoici ce que l'on racontait.
Le poète avait dans sa maison un jeune serviteur'
1. Vie, p. 2, 1. 10-11. Le biographe ajoute ce détail que le poète avait sur la figure des lentilles ou lâches de rousseur.
2. Le catalogue des images d'Euripide a été dressé par Welcker dans ses Aile Denkmaler, 1, 48'i sq. La plus expressive peut-être de ces représentations est celle qu'on voit sur un fragment de vase provenant d'Athènes (1,490, pi. VII). Quant aux doubles hennés d'Euripide et de Sophocle, outre Welcker, I, p. 4o7, voir Friederichs, Bausteine... (i88o),p. 478.— La statuette du Louvre (Clarac.pl. 294), sur la base de laquelle sont gravés les titres d'un grand nombre de tragédies d'Euripide, ne fournit pas, sous le rapport iconographique, d'indication utile, la tète ayant été restaurée d'après Thermes du musée de Naples.
3. Les scholiastes l'appellent « un esclave », se fondant sur le vers 401 des Acharniens, où il n'est pas sûr qu'il s'agisse de lui. Son nom indique qu'il était de naissance libre.
du nom de Céphisophon. Il trouva en lui des dispositions si heureuses qu'il le fit élever et instruire, et que plus tard il le prit pour collaborateur. Céphisophon passait pour avoir travaillé, avec un certain Timocratès d'Argos, à la partie lyrique des tragédies d'Euripide '. Mais Céphisophon paya tant de bienfaits par l'ingratitude la plus noire : il séduisit la femme de son maître. Celui-ci eut un jour la preuve flagrante de son malheur. Dans une situation où les âmes les plus fortes ne se possèdent pas, le poète montra un sang-froid bien étonnant. « Tout d'abord, disent les biographes, il chercha à détourner Céphisophon de faire le mal; puis, comme il ne réussissait pas à le persuader, il lui abandonna sa femme, qu'il voulait avoir ^ » Ce qui n'est pas moins surprenant que cette façon trop philosophique de prendre son parti de la plus cruelle des infortunes, c'est l'empressement que met ensuite Euripide à renouveler une expérience qui lui a si mal réussi. S'étant débarrassé de sa femme, il en épouse une autre. A Mélito — ainsi s'appelait la première — succède Chœrilè. Mais le poète joue de malheur. Il ne s'est séparé d'une femme adultère que pour s'enchaîner à une femme de mauvaises mœurs. Aussi, depuis ce temps-là, se venge-t-il sur toute l'engeance féminine du tort que lui ont fait ses deux mariages; voilà pourquoi, dans
1. Aristoph. fr. 580, cité dans la Vie, p. 6, Schwartz. Cf. p. 2, 1. 2, où il est question de Timocratès. Nauck, de Eurip. vita, XVII, n. 21, admet la conjecture de Berfi;k, que ce Timocratès ne serait autre que le Démocrates, sous le nom duquel Euripide fit représenter, ailleurs qu'à Athènes, son Andromaque.