‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 5 sur 351 · Platon, l'rotag., p. 337 d · texte numérisé non relu

Platon, l'rotag., p. 337 d

3. Plutarfjue [Périclès, IV, Vt) parle d'un séjour de Zenon à Athènes, pendant lequel Périclès suivit son enseignement. Cette indication, qui ne fournit pas de date précise, semble cependant se rapporter à une époque antérieure à la maturité de Périclès. Or, Périclès était, de dix ans au moins, plus âgé qu'Euripide.

4. Plut., loc. cit., TtâvTwv èTtt).r,nT(«)p. n. Platon, Phèdre, 261 d.

moins fort dangereux. La hardiesse de ses antilogies, en donnant une forte secousse à l'esprit de ses auditeurs, éveillait chez eux la critique, qui désormais ne sommeillera plus. Vers le môme temps, Anaxagore venait d'Asie se fixer à Athènes, où d'abord il n'osa pas dire tout ce qu'il pensait au sujet des grands problèmes et où il entoura toujours son enseignement de précautions infinies*. Le vulgaire tenait en suspicion ces savants, ces météorologues, qui discutaient sur Véther, qui prétendaient connaître, de science humaine, la nature réputée divine du soleil et des astres, et qui avaient l'audace d'expliquer les éclipses de lune. Anaxagore se vit forcé de rester dans l'ombre et ne s'adressa qu'à quelques disciples. On recherchera plus loin si Euripide peut être compté parmi ces disciples d'xAnaxagore et ce qu'il doit en général aux philosophes. Mais, dès maintenant, il est permis d'affirmer que, si sa jeunesse n'a pas connu les sophistes, il prêta du moins de bonne heure l'oreille aux enseignements des maîtres venus de la Grande- Grèce et d'Asie; que, parmi les hommes de sa génération, il fut des premiers à s'engager dans les voies de la sagesse nouvelle.

La fréquentation des philosophes et l'habitude des hautes spéculations accrurent sans doute la gravité naturelle de son caractère. Euripide n'appartient pas à la forte race des génies gais, qui ont dominé les choses humaines et leurs misères : il est de la famille de ceux qui ont pris la vie au sérieux, qui, pour l'avoir

\. Plut., Kicias, 23, 3.

considérée de trop près, ne l'ont pas trouvée bonne et en ont souffert. C'était un mélancoliques un méditatif passionné pour la solitude. A Salamine, il passait des journées entières dans une retraite qu'il s'était ménagée loin de la foule et du bruit, une caverne qui n'avait d'ouverture que du côté de la mer^ Sur un camée appartenant à notre Cabinet des médailles, on croit voir Euripide à côté d'une Muse qui appuie familièrement le bras droit sur son épaule : tous deux se tiennent debout devant une Nymphe assise sur un rocher, à l'entrée d'un lieu sacré. La Nymphe fait au poète et à la Muse qui l'accompagne un signe amical : elle semble les inviter à entrer dans la grotte, séjour divin, sanctuaire de l'inspiration poétique \

Ce solitaire dédaigneux de la vie active, à qui l'on reprochait de ne pas se dérider, de ne pas savoir plaisanter, même à table \ avait une physionomie pensive, un air grave, presque sombre ^ Tel nous le montrent aussi les artistes. Les bustes d'Euripide les plus remarquables, celui de Naples", celui de Mantoue\ celui du Musée de Brunswick* (planche I)

1. Les biographes lui donnent les épithètcs de (T'jvvo'jî, dxyQpwTtô;, (TTpuçvo'î, etc.

2. Philochore, chez Aulu-Gelle, qui avait visité cette caverne (XV, 20, 2). Le biographe anonyme remarque à ce propos qu'Euripide emprunte au spectacle de la mer beaucoup do ses comparaisons.

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