‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 88 sur 351 · XXIV, 534 et suiv · texte numérisé non relu

XXIV, 534 et suiv

poursuit sur la terre, et il erre çà et là, méprisé des (lieux et des hommes'. » Le poète nous laisse donc clairement entendre qu'il y a nombre d'existences humaines où la somme des maux dépasse de beaucoup la somme des biens, qu'il en est même qui semblent condamnées à un malheur sans mélange. De pareils textes, et bien d'autres encore 2, rendent difficile de prétendre que les Grecs du temps d'Homère étaient optimistes.

Ceux des siècles suivants ne le sont pas davantage. Chez Hésiode, les développements du mythe de Prométhée et de celui de Pandore sont inspirés par un sentiment profond des conditions malheureuses de l'existence. Ce sentiment s'affirme encore plus dans le célèbre mythe des Ages, où le poète fait un tableau si sombre de son temps. Les plaintes de l'homme contre la vie trouvent aussi leur écho dans les élégies de Théognis, dans la poésie lyrique, et surtout dans les œuvres des tragiques, contemporains ou prédécesseurs d'Euripide. Mais, chez Eschyle et chez Sophocle, ces plaintes n'ont riea qui étonne. Comment la tragédie n'éveillerait-elle pas dans l'âme des personnages qui sont mêlés à son action des impressions douloureuses ? comment n'arracherait-elle pas aux témoins comme aux victimes de ses catastrophes, avec des cris de surprise ou de révolte, des jugements désespérés sur la condition humaine? Le spectacle qu'offre

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