‹ Euripide et l'esprit de son théatreChapitre 89 sur 351 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

2. Voir l'étude de M. Hild sur le Pessimisme moral et religieux chez Homère et chez Hésiode, publiée dans la Revue de l'Histoire des religions, t. XIV et t. XV (1886-1887).

la tragédie * n'a rien qui puisse faire aimer la vie. Euripide, par cela seul qu'il est poète tragique, exprimera donc à son tour des pensées pessimistes ; mais il les exprimera autrement que ses devanciers, avec un accent qui lui est particulier.

Il ne se bornera pas à répéter, après Homère et après tant d'autres, que la vie humaine n'est que douleur*; il saisira toutes les occasions de donner les preuves de cette lamentable vérité. Ce qu'on appelle les biens de ce monde ne sont point, à ses yeux, réellement des biens. Les avantages de la fortune, dont le vulgaire est ébloui, sont illusoires. Un personnage du Bellérophon soutenait, jusqu'au paradoxe, que des trois conditions principales où la destinée peut placer l'homme : richesse, noblesse, pauvreté, c'est la dernière qui est la plus heureuse ^ L'éloge de la médiocrité, thème banal qui revient souvent chez Euripide comme chez les autres tragiques, est aussi une démonstration indirecte des misères attachées à une haute situation*. « Tous les grands avantages de la vie, dit-il encore, peuvent se trouver quelquefois réunis sur les mêmes têtes ; mais ce n'est que pour un temps. Les richesses ne sont pas un bien qui appartienne en propre aux hommes : ce bien, ils le tiennent des dieux et ils n'en ont que la garde. Or, les dieux peu-

1. Nous parlons ici en général. Il y a chez Euripide, comme nous le verrons, des tragédies qui produisent une autre impression, parce que le dénouement en est lieurcux.

2. HippoL, 189, Oreste, 1-3 (vers traduits par Ciccron, Tusc, IV, 29). Cf. Iphig. A., 161 ; Auge, fr. 275, etc.

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