‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 102 sur 362 · I. HippolyU, V. 7 sq · texte numérisé non relu

I. HippolyU, V. 7 sq

136 EUlumOR ET SES IDEES

nous le dit I, Aphrodite ail raison de punir Hippolyte qui la dédaignée et insultée. Pourquoi la mort du jeune homme enlraîne-lelle la mort de Phèdre? Quelle^est la nécessité de ce second cadavre? Aphrodite sent l'opportunité dejTgvenir lobjection. Avant même que le drame soit commencé, elle justifie avec une désinvolture toute divine le cours douloureux qu'il va prendre: « La pitié de l'infortune de Phèdre, dit-elle dans le prologue, ne sera pas assez forte pour me faire renoncer au plaisir de me venger de mes ennemis». » Voilà qui est entendu. Elle n'a pas de scrupnjps. Mais cela ne détruit pas les nôtres.

11 n'y a qu'un coupable et il y a deux victimes. 11 y en a même trois: Hippolyte^Phèdre, Thésée>-Si ce dernier survit à sa femme et à son fils, sa navrante douleur aura quelque raison, après de telles catastrophes, de se souvenir longtemps de la cruauté de Cypris3. Et cependant que lui a-t-il fait? On le cherche en vain. Ses aventures amoureuses auraient dû lui rendre plus favorable la déesse de l'amour. Elle tue le fils, parce qu'il n'aime pas, et le père, qui a aimé\ elle le frappe dans son enfant. Comme Zeus qui lance son tonnerre aussi bien sur les innocents que sur les coupables, Aphrodite, en châtiant ceux qui l'ont offensée, est bien maladroite dans ses coups, puisqu'elle n'épargne pas leurs voisins.

Les malheurs causés par la brouille des deux déesses ne s'arrêtent pas à la mort du fils de Thésée. Artémis le déclare. EUe fera périr de sa main l'un des favoris de sa rivale. Elle percera de ses flèches inévitables Adonis, le mortel qu'aimera un jour AphroditeS. Où s'arrêtera l'inimitié de ces divinités? Quand cesseront -elles de tuer de beaux éphèbes, pour se venger l'une de l'autre?

Le drame est donc rempli de sang versé, de haine, de doulèurT On y voit mourir une femme irresponsable, succomber un innocent, se désespérer Thésée. Et la suite des événements que l'on nous fait pressentir est aussi lugubre et aussi noire. Mais l'art du poète est assez fort pour que nous oubliions ces meurtres injustes. Notre esprit, après une lecture du drame, ne voit plus que les corps de Phèdre et de

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