Élien, Variae historiae^ II, i3, aG sqq
LA VIE ET LE CARACTÈRE DE l'ÉGRIVAIW q
en protestant, ce qui ne l'empêchait pas, nous dit Aristophane s qui abuse un peu trop de notre créduHté, d'être le collaborateur du tragique. Aussi, ajoute-t-on encore, quand Socrate fut mis à mort Euripide reprocha en plein théâtre à ses concitoyens dans son Palamède d'avoir fait périr « le rossignol des Muses ».. Cette fois, l'erreur est un peu forte, car non seulement Euripide mourut avant Socrate, mais encore le Palamède fut représenté en 4i53, seize ans donc avant la condamnation du philosophe. Et la pièce n'a sans doute jamais été reprise. L'allusion qu'on prétend trouver dans le drame à cette mort 81 regrettable est donc purement imaginaire.
Cette question des rapports d'Euripide avec les sophistes et les philosophes^ de son temps est très embrouillée. Je ne crois même pas qu'eUe comporte une solution précise. A en croire les anciens, ces rapports sont véritables. Mais Diogène n'entraîne-t-il pas notre poète en Egypte dans je ne sais quel voyage avec Platon 5? Euripide au cours de ce voyage tombe malade. Il consulte les prêtres du pays, ce qui n'est déjà pas trop vraisemblable de sa part. Ceux-ci lui conseillent de boire de l'eau de mer, qui guérit tous les maux. Il suit ce facile conseil et retrouve la santé. Au reste, ajoute Diogène avec un sérieux impayable, Euripide fait lui-même aUusion à sa guérison dans un vers d'une de ses tragédies6. Voilà comme on comprenait dans l'Antiquité la biographie des gens célèbres. Quelque lecture, beaucoup d'imagination, un extraordinaire mépris de tout synchronisme, de toute raison, et le mensonge était inventé. Un de plus, un de moins, cela avait peu d'importance en un temps où la légende se mêlant toujours à la réalité, la critique littéraire n'existait pas.
Et pourtant U est incontestable qu'Euripide a subi l'influence des philosophes, en particulier celle d'Anaxagoras 7. C'est même un des
,9,'63''"'' '''''**''' '^''''' "' ''• ^'' ^'''' "^°^ " '^^' î Cicéron, Tascalane., U 3. Palamède, fragm. 588.
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ir.t^„.,^ • ■ '^'î*' "'^^^ ""*■■« '■««'« pourtant dans son ensemble celle d'un 6. Iphig. en Tauride, v. 1193.
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•Il, p. «t>9 sqq., 1 avait d abord niee, ou a peu prés. Plus lard, dans son EuHpide.p. .8
lO EURIPIDE ET SES IDEES
défauts de ses drames que dans la transparence fluide de leurs vers il s'en trouve d autres, dont la pensée nous paraît obscure au premier coup d*œil, parce qu'ils proviennent d'une source étrangère à la tragédie. Quant à la sophistique, il en est pénétré jusqu'aux moelles. Protagoras disait que sur chaque sujet on pouvait toujours soutenir deux thèses opposées» : c'est presque la formule de la tragédie euripidéennea. Elle fait donc quelquefois écho aux théories des philosophes, de même qu'elle use fréquemment des procédés des sophistes. C'est à peu près tout ce que nous pouvons en dire. Car lorsque nous voulons préciser Torigine de ces emprunts et de ces influences ou citer des noms, nous nous heurtons presque toujours à de grosses difficultés. C'est qu'il ne reste plus que d'informes débris, ou des citations plus ou moins exactes de ceux dont le poète s'est inspiré, et que, tout en les imitant, il est resté poète. Ainsi, des deux objets qu'il faut rapprocher l'un de l'autre, le premier est détruit presque en entier, le second n'est qu'une très libre copie de celui que nous n'avons plus : cela ne facilite pas les comparaisons.
Il y a autre chose encore. Sur aucun point, Euripide n'a jamais eu de théorie arrêtée. Il prend son bien où il le trouve et ne jure sur la parole d'aucun maître. S'il s'était fait le fervent adepte d'un seul système philosophique, nous aurions quelque chance d'en retrouver les linéaments principaux dans la multitude de ses vers, et, d'autre part, puisque nous serions certains de l'unité de sa pensée, le champ de nos investigations serait singuHèrement rétréci. Mais il ne s'est pas attaché à un seul homme. Au contraire, dans sa poursuite inquiète de la vérité, il a suivi tantôt l'un tantôt l'autre, et jusque dans les directions les plus opposées. Aussi a-t-il recueilli de leur bouche, quand ils étaient ses contemporains, dans ses lectures 3, quand ils l'avaient précédé, des
sqq., il a reconnu, après quelques observations de Weil, que cette influence était réelle. — J'étudierai moi-même, surtout dans le chapitre IV de ce livre, quel» emprunts Euripide a pu faire à la pensée d'autrui. D'avance, je déclare que celle question des sources, fort difficile à traiter quand on étudie un historien ou un compilateur, est à peu près insoluble quand il s'agit d'un poète aussi capricieux que Test Euripide.