‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 12 sur 362 · I . Diogcne Laërce, IX · texte numérisé non relu

I . Diogcne Laërce, IX

a. Antiope, fragm. 189: «En toute chose on peut opposer deux discours contradictoires, si l'on est habile. » Qui de Zélhos ou d'Amphion récitait ce distique? Mais Euripide tient trop à être lui-même habile (ffoçd;, ce mot qu'il a tant de fois employé) pour s'être jamais refusé ces oppositions-là.

3. Notez qu'Euripide, un peu comme Bacchylide, annonce déjà le poète savant, tel qu'on le verra paraître dans la période alexandrine. Seulement ses lectures, au lieu

LA VIE ET LE CARACTERE DE l'ÉCRTVAIN h

maximes qui ne concordent pas entre elles. Il croit à la toute -puissance de la raison, mais il vante aussi la toute-puissance des dieux. Ailleurs, il fait bon marché de la raison et des dieux populaires. Le mysticisme lui sourit; l'orphisme l'attire. Sous cette inspiration nouvelle il écrit des vers exquis. Mais là encore il ne trouve qu'un équilibre passager, et il essaie bientôt d'autres théories, d'autres systèmes.

Ne nous en étonnons pas. Euripide est proprement l'homme des contradictions. Elles rendent assez malaisée l'intelligence de sa pensée véritable. Il nie presque tout ce qu'il affirme. Il affirme presque tout ce qu'il nie. C'est une palinodie continuelle. Est-ce un jeu de son esprit, qui se plaît à opposer entre elles les idées qui affluent dans son cerveau en flots heurtés? Est-ce impuissance à trouver un point stable au milieu de leurs courants contraires et de leurs remous? Estce une perversité de son intelligence qui comprend tout et ne s'attache à rien? Et, d'autre part, si nous soulignons aujourd'hui tant de vers contradictoires dans son œuvre, ne peut-on pas supposer que nous sommes dupes d'une illusion dont il n'est pas responsable? En d'autres termes, faut-il admettre qu'au temps où cette œuvre était encore intacte, des lecteurs studieux y aient naturellement recueilli les affirmations les plus décisives et les plus tranchantes, qu'elles seules nous aient été conservées et que le reste ait été détruit? Ainsi, dans les ruines, il ne subsiste parfois que les arêtes aiguës des pierres, qui se fondaient harmonieusement dans l'ensemble, quand le temple était encore debout.

L'explication ne vaudrait rien. Le théâtre de Sophocle et celui d'Eschyle sont plus mutilés que le théâtre d'Euripide, mais le spectacle de leurs débris ne donne pas la même impression. C'est qu'ils étaient autrement composés, je veux dire: dans un esprit différent. Chez ces écrivains, la contradiction n'était qu'accidentelle ; elle est dans l'essence même du génie d'Euripide.

Aussi personne n'a eu plus d'idées que lui, parce que sur aucun

de porter sur les poètes seuls et de lui faire trouver une forme d'art un peu artificielle, parce qu'elle est exclusive, ont dû être très diverses. Delà les éléments étrangers à la tragédie, dont son théâtre est semé.

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