‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 115 sur 362 · Ibid., V. iaa4 sq · texte numérisé non relu

Ibid., V. iaa4 sq

ce pour mieux accuser sa méchanceté par le contraste, qu'il nous la présente au commencement du drame, sous le costume d'une paysanne, vaquant aux occupations simples des villageois, quand l'éclat amorti des étoiles s'efface à l'aurore dans le ciel qui blanchit»? Transportée dans la cabane du Laboureur, la fille d'Agamemnon nous apparaît d'abord plus humble que d'ordinaire. Nous nous attendons, dans ce décor reposant, à la trouver plus douce. El, en effet, au bruit assoupi des fontaines a, dans la fraîcheur qu'elles exhalent, nous l'entendons causer avec l'obscur compagnon de sa vie déchue, sur un ton d'amitié tranquille et confiantes. Et la scène est charmante. Mais le moindre souvenir du passé change aussitôt la jeune fille en une mégère impitoyable, qui ne pense qu'à tuer sa mère, qui vit dans cette pensée et s'y complaît, comme dans un rêve 4. Pour le réaliser, elle ne recule devant rien. Elle sait que Clytemnestre a encore quelque affection pour elle, et c'est sur cette affection qu'elle compte, pour l'attirer dans le guet-apens où elle succombera^. Sa pecfidie est odieuse. Impudente, cruelle et même répugnante, comme les bêtes qui s'acharnent sur les morts, elle ne craint pas, quand Égisthe a été tué, d'insulter son cadavre. D'abord, elle a honte d'avoir cette pensée, mais la tentation est trop séduisante pour sa haine, et elle semble n'y résister que pour accroître le plaisir malsain qu'elle aura d'y cédera. Elle sent que sa conduite est révoltante, et elle le dit, pour bien marquer qu'elle l'est en effet. Quand elle a pris toutes ces précautions, pour que son acte, selon l'intention évidente de l'auteur, soulève l'indignation des spectateurs les plus insensibles, elle épanche à longs traits son fiel sur le mort?. Espérons qu'au théâtre le discours n'a pas été écouté sans protestations. Aujourd'hui, nous ne le lisons pas sans malaise.

Il est certain qu'Euripide n'a modifié si profondément le caractère de ses personnages, que parce qu'à ses yeux la légende où ils se meuvent ne peut être conservée. En faisant de Clytemnestre un être qui n'est pas sans remords et sans quelques restes de tendresse, il cherche à nous intéresser à la victime, ou du moins à diminuer l'aversion que

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