Infra, chap. IV, S v
EX\ME> DE LiPUIGÉNIE A AVLlS |53
édifier que, si par hasard ils trouvent une réponse juste, ils mélangent toujours un grand nombre de mensonges aux quelques vérités qui leur échappent.. Cela n'est-il pas significatif? Dans la pensée du poète le sacrifice d'iphigénie n'est qu'une invention cruelle des prêtres dont Artemis n'est point responsable. Aussi, quand le couteau est levé sur la jeune fille, la déesse la remplace par une victime ordinaire. Elle ne veut pas que son autel soit souillé.. Elle s'ingénie à dérober Iphigénie a la cruauté des hommes 3.
Ainsi le sacrifice qui révoltait Lucrèce révolte aussi Euripide Mais SI le poète latin exprime crûment son horreur, c'est qu'il veut montrer à quels crimes la superstition servait de prétexte. Il choisit donc la variante la plus odieuse du récit. La situation du tragique était infiniment plus délicate. Il en était de même de son sens du divm. La légende lui fournissait un sujet de drame, qu'il a su faire admirable. Mais comme, même en l'état où il la trouvait dans les poèmes cycliques, elle était inconciliable avec les idées qu'il avait des dieux, sans nous prévenir, il la retouche avec tant d'adresse sur un seul point, que son sujet reste intact, et que la divinité qu'il met en scène nous apparaît plus belle. Artémis termine le drame, il est vrai par une action prodigieuse, et Euripide en la racontant n'a pas l'air d'en douter. Mais pour protéger les dieux contre les erreurs de leurs ministres, le merveiUeux n'était-il pas cette fois indispensable 0 Si le sang d'iphigénie avait été répandu, n'aurait-il pas mis une tache sur la déesse? Il fallait donc, de toute nécessité, que cellen^i intervînt et on pouvait bien en cette occasion lui passer un miracle. Entre les dlux maux le poète a choisi le moindre.
Si, après cette analyse, on cherche à résumer les jugements qu'Eurip.de a portés sur les dieux, toutes les fois qu'il était obligé, en suivant les légendes, de leur attribuer des actes répréhensibles, on voit que non content de condamner ces fautes, il prend soin de nous en faire détester les auteurs. A ses yeux, la puissance n'excuse plus rien Si
jusque vers 4.8 H semble hésiter à proclamer cT^^i^fcd^s les vmgt dernières années de sa vie, il écrit des tragédies entières pour le soutenir et le faire triompher.