I. Iphigénie à Aalis, v. 956 sqq
-j. Ibid., V. 1595.
3. Iphigénie en Taurùk, v. ,8,,., ijl^Xe+sv... «Aprs^,; 'Axaio.;.
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Il ne peut accepter les dieux traditionnels, et cette impossibilité a eu des conséquences graves. La tragédie attique n'est qu'une transformation de l'épopée. Ce qui lui donne la vie est aussi ce qui lui donne la mort. Elle emprunte ses personnages et leurs hauts faits à des aèdes dont la conscience morale est assez peu exigeante. Elle leur emprunte aussi ses dieux. Mais si ces derniers, malgré leurs succès antérieurs, ne satisfont plus le poète qui essaie de les ranimer, que fera-t-il? Cette question, on vient de le voir, a singulièrement embarrassé Euripide, il y a répondu de différentes façons, et surtout il a tâché d'en éluder la solution, en faisant de la polémique contre les divinités dont il se servait. Il y était porté par son humeur. Seulement la tragédie ne se prêtait pas à ces critiques. Lucien n'était pas encore né. Quelquefois Euripide l'annonce.
N'oublions pas qu'il y a déjà en lui un sceptique, qui ne peut pas toujours raconter un miracle sans sourire. Il ne proteste pas contre le merveilleux, puisqu'il est obligé d'y avoir recours. N'est-ce pas une nécessité même de l'art qu'il pratique? Il se venge de cette contrainte en homme poli, qui n'est pas dupe : il y a des concessions que son esprit ne peut pas faire.
Dans Vlphigénie en Tauride, quand les bouviers aperçoivent Oresle et Pylade au milieu des rochers, sur le bord de la mer, ils sont surpris à leur vue et s'imaginent, dans leur simplicité superstitieuse, qu'ils ont devant eux les Dioscures ou les fils de Nérée. Déjà ils lèvent les mains vers les deux adolescents. Déjà ils leur adressent des prières. Mais dans leur troupe se trouve un incrédule. Au premier coup d'oeil il comprend ce qu'il voit et, haussant les épaules : « Ce sont des naufragés qui se cachent, déclare-t-il froidement. Ils savent que les étrangers qui abordent sur notre côte sont mis à mort. » Le poète ajoute bien que l'homme qui parle ainsi est un audacieux, un esprit fort». Ne nous trompons pas sur le sens de ses paroles. C'est une restriction conventionnelle.
Je ne puis m'empêcher de voir en ce berger raisonneur une image involontaire qu'Euripide a tracée de lui-même. Il connaît l'esprit des foules. Il sait que la raison leur est peu accessible et qu'elle provoque
I. Iphigénie er\ Tauride, v. 375 sqq. Ce berger est un frère de celui des Bacchantes, V. 717 sqq., qui conseille à ses camarades de donner la chasse à Agave et de conduire, prisonnières, les Bacchantes à Penlhée. « Il allait à la ville, dit Euripide, et II savait parler. » Entendez qu'il ne croit pas plus au mcrxeilleux que celui qui Tiuiagine.
CONCLUSION DE CET EXAMEN GENERAL l55
leur méfiance, parce qu'elle trouble leur routine et leur incurable paresse d'esprit. II a si peu d'illusions sur elles, qu'il admet d'avance leur blâme et que même il s'amuse à le leur souffler. Mais cela n'empêche point que son berger sceptique ait raison contre ses camarades. La suite le montre. Ce qui veut dire que Tincrédulité a quelquefois du bon, puisque avec leurs mômeries les gens pieux sont ici des sots.
Ainsi, dans le tribunal, certains accusés devancent une condamnation, qu'ils sentent inévitable, en se condamnant tout haut euxmêmes. Ce ne sont pas les plus dociles. Car loin d'être un aveu de culpabilité ou une marque de repentir, cette peine qu'ils prononcent contre eux n'est qu'une revanche ironique de leur faiblesse sur une force à laquelle ils cèdent, en souriant, sans se soumettre.