Phéniciennes, v. 38a sq
que nous sommes les auteurs de leurs maux. En réalité, c'est euxmêmes qui, par leur propre folie, s'attirent des souffrances, malgré le destin .. » Euripide, à son tour, déclare une ou deux fois, car il a essayé toutes les solutions, que le mal est dans les choses humaines, où règne une immense confusion», qu'en un mot, si nous sommes malheureux, c'est à nous qu'il faut nous en prendre, et non aux dieux, qu'il est trop facile d'incriminerS.
Sans doute. Mais cela empêche-t-il une suite d'anomalies inquiétantes? Les uns sont heureux et les autres sont accablés d'infortunes, malgré leur piété, malgré leur scrupuleuse application à mener une vie honnête^. Si les dieux ne sont pas les capricieux auteurs de ces injustices, cela ne dispense pas d'en donner une explication.
Depuis longtemps, on en avait proposé une, que nous connaissons encore : les fautes, disait-on, n'étaient pas toujours expiées par les parents qui les avaient faites, et leurs descendants en subissaient les conséquences : « L'un est puni aussitôt après le crime, l'autre plus tard. Si les coupables échappent à la justice des dieux, cette punition finit toujours par arriver. Innocents, leurs enfants ou leurs petitsenfanu paient leurs crimess. „ C'est le principe même de la théorie du péché originel.
On reculait ainsi la difficulté, mais on ne la supprimait pas II restait toujours que le coupable avait échappé au châtiment et que celui qui était puni à sa place n'avait rien fait. Pourtant l'explication fil fortune, tant on éprouvait le besoin d'en avoir une. Bien des gens l'acceptèrent, qui la trouvaient condamnable. Ils faisaient le raisonnement de Théognis : vraiment les dieux n'auraient pas été mal inspirés s Us avaient modifié le cours injuste des choses, car aujourd'hui lé coupable échappe, et c'est un autre qui porte plus tard la peine de sa faute 6.