Andromaque, v. ia68 sq
P. MASQUEHAT.
Dans ce minutieux examen de ce que pensait Euripide sur les dieux, si nous essayons de coordonner les éléments de sa croyance, nous arrivons, si je ne me trompe, au point le plus important, et qui explique beaucoup de choses.
On est surpris, en effet, du rôle et de la place qu'il donne à Dicé dans ses drames ». Tantôt il la conçoit comme un être matériel, tantôt comme une loi supérieure, analogue au Destin et dirigeant équitablement le monde, tantôt il laisse les choses dans le vague, et nous ne savons pas si Sixyj est la personnification d'une divinité, ou l'abstraction d'un principe. Mais le mot revient souvent chez lui, et il a beaucoup insisté sur l'idée qu'il exprime. /^
Aux temps homériques, Dicé n'était pas encore née déesse 2. Elle apparaît pour la première fois dans Hésiode, qui fait d'elle comme d'un grand nombre d'autres divinités, une fille de Zeus3. Celle-ci eut une destinée plus belle que ses sœurs. Les actes injustes des mortels l'offensaient comme une insulte. Elle se réfugiait alors près de son père, s'asseyait à ses côtés, se plaignait à lui et se vengeait, avec son aide, de l'iniquité des hommes et des rois^. Elle devenait ainsi une sorte de personnification de l'idée divine, en ce qu'elle a de plus pur et de plus noble. C'était la conscience et son impérieux besoin de règle morale qui lui donnaient naissance. Car les Grecs n'ont pas été seulement amoureux des formes extérieures de la beauté. Ils ont distingué dans le jeu des idées et dans leur essence même une harmonie profonde. Dicé, principe d'équilibre dans l'univers, n'a pas moins de grandeur que la blonde Aphrodite. Celle-ci naissait des flots éclatants. L'autre sortit du fond obscur de leur conscience. Et celle d'Euripide, sur laquelle l'idée de justice a eu tant de prise, devait plus qu'une autre contribuer à Téclosion à la lumière de la divinité nouvelle, qui devait être pour lui la divinité suprême.
Elle sera donc— car puisqu'il s'adresse au peuple, il faut bien qu'il parle son langage — fille de ZeusS, ou fille du tempsC, auguste^,