‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 158 sur 362 · Bellérophon, fragm. 3o · texte numérisé non relu

Bellérophon, fragm. 3o

fondit pas les idées d'autrui.on veut seulement connaître la conclusion où elles aboutissent.

Bien des influences sont sensibles dans les vers de notre poète, passagères, isolées, fuyantes. Il n'avait pas le temps de pénétrer au fond des questions. D'ailleurs ceux qui tentaient de les résoudre, plus audacieux que savants, n'y pénétraient guère eux-mêmes. Pour étudier des systèmes philosophiques, il faut du loisir, un esprit docile et, souvent même, car les livres qui les contiennent n'ont jamais été très clairs, une patience obstinée, qu'aucune abstraction ne décourage. Tout cela devait lui manquer. Depuis que les hommes écrivent, il n'y a eu, je crois, qu'un seul Goethe, et les obscurités ne l'effrayaient pas puisqu'il était Allemand.

^ Euripide était et entendait rester un tragique. On risquerait peutêtre de l'oublier, quand on rencontre dans les Troyennes l'invocation singulière et si connue qu'Hécube adresse au maître des dieux : « 0 toi qui soutiens la terre et qui es soutenu par elle, qui que tu sois, toi qu'il est si difficile de connaître, Zeus, que tu sois la nécessité de la nature, ou l'intelligence des mortels, je t'adresse ma prière, car par un chemin mystérieux tu conduis, comme le veut Dicé, les choses humaines.. » Les personnages tragiques s'exprimaient rarement sur la scène en de pareils termes, et Ménélas n'a pas tort de remarquer la nouveauté de ce langage >.

Il y a bien des bigarrures dans cette prière, puisqu'on y a trouvé un terme technique de Diogène d'ApoUonie, et des souvenirs d'Empédocle, d'Heraclite et d'Anaxagoras. C'est assez dire combien ces vers ont inspiré de commentaires. S'il m'est permis d'avoir une opinion sur un point aussi controversé, il me semble que ce passage n'est qu un mélange assez confus d'opinions citées sur la foi d'autrui (îi^ai) et d'idées familières à Homère et à Hésiode. Aux visions traditionnelles de ces poètes, Euripide, unissant toujours le présent et le passé, ajoute celles de plusieurs philosophes. Il conclut ces hypothèses, auxquelles .1 ne paraît pas beaucoup tenir, par une affirmation personneUe dont le ton est très net.

Il veut définir Zeus. Il avoue que la définition est très incertaine et

Page 1