Médée, v. 169 sq
INFLUENCES ETRANGERES ig^
révolter. Jason n'avail-il pas à leurs yeux le droit de divorcer et de renvoyer la femme qu'il n'aimait plus? Et les enfants étaient-ils autant à la mère qu'ils le sont aujourd'hui » ?
Donc, Dicé n'est invoquée et n'agit que lorsque le crime est avéré. Son action est sûre, mais elle est mystérieuse et nous ne la comprenons pas toujours a. Cette déesse n'est pourtant pas aveugles. «Si l'on se natte de dérober aux yeux des Immortels de quotidiennes injustices, on se trompe, et on ne tarde pas à s'en apercevoir, le jour où Dicé a quelque loisir^.» Et ce jour, après avoir un peu tardé, est venu pour Coprée, pour Eurysthée et bien d'autres.
Sans doute. Mais Héraclès, Pelée, Hippolyte, Macarie, Polyxène,
Hécube, le petit Astyanax, — l'énuméralion serait trop douloureuse,
il faut l'abréger, — sont-ils des criminels ^ Personne n'a jamais été
heureux en étant injuste, répond le poète, et on ne peut espérer le
salut que dans l'équitéB. Cela sufBt-il? Euripide affirme que tous les
coupables sont punis, si nous avons la patience d'attendre 6. Accor-
dons-le lui. Mais pourquoi les innocents sont-ils traités comme des
coupables .3 N'est-ce pas parce que le malheur est naturel à notre
condition, que nous sommes tous voués à la souffrance, que les Dieux
et Dicé n'y peuvent rien, et qu'enfin il est indifférent d'être juste pour
être heureux?
Mais Euripide voulait croire en Dicé. C'était un besoin de son âme. Comme il ne trouvait pas l'explication du désordre immoral du monde, il essaya de savoir si d'autres l'avaient trouvée. Quand on hésite dans l'angoisse, on cherche, on se met en quête. On n'appro-
sqq
I. Cf. /. F. F., roC/i, V. G sq., et rapprocher reste, v. 552 sqq ; Euménides, v. 658