Supra, p. 188 sq
7. Decharme, op. cit., p. 29 sq., n'admet guère qu'Heraclite ait influé sur Euripide. Wilamowitz soutient l'opinion contraire. Et il peut avoir raison. Je résume un passage de son Herakles, II, p. 67 sq. « Les maux des hommes ne sont pas éternels; les souffles des vents n'ont pas toujours de la force; les heureux à la fin ne le sont plus : toute chose dans la vie prend une direction contraire. » Ces vers de VHéraclis V. 101 sqq., rappellent l'aphoritme (60, Diels) d'Heraclite : 6fibc ôtvw pitai xai «utri, où
INFLUENCES ETRANGERES ,q
goras., plusieurs autres. Mais il faut bien se garfer de grossir outre mesure le nombre des emprunts qu'il leur a faits, et de considérer Eunpide comme un écrivain toujours obsédé de souvenirs étrangers une sorte de compilateur d'œuvres philosophiques, dont il aurai! vulgarisé les idées dans ses vers. Cette conception est radicalement fausse : eUe défigure le visage d'Euripide, qui a été un poète tragique et n'a jamais voulu être autre chose. Une similitude d'expression à plus forte raison, une ressemblance plus ou moins lointaine de pensée ne prouve pas une imitation.
Rappelons, pour le démontrer, qu'il a exprimé quelques idées sur 1 ongme et la formation du monde. Mélanippe avait sur ce sujet où s est tant exercée l'imagination des Ioniens, une opinion très précise Elle la tenait de celle qui l'avait enfantée. Mais cette dernière l'avaitcUe reçue d'un philosophe? EUe ne nous le dit pas, parce que dans la tragédie on ne cite jamais ses sources. Essayons de les retrouver.
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« Ce n'est pas moi qui l'alTirme, disait cette jeune fille surprenante, je ne fais que répéter ce que m'a enseigné ma mère. A l'origine, le Ciel et la Terre étaient confondus. Puis, quand ils furent séparés l'un de l'autre, ils enfantèrent et firent naître à la lumière les arbres, les oiseaux, les bêtes que nourrit la mer, et enfin la race des mortels-.» Rapprochons de ces déclarations un fragment du Chrysippe : « Tout naît de la Terre immense et de l'Éther de Zeus. Celui-ci engendre les dieux et les hommes. Celle-là, fécondée par les gouttes des pluies humides, enfante les mortels ; elle enfante aussi les tribus des bêles et produit leur nourriture : c'est pourquoi on a raison de l'appeler la mère de toutes choses a. »
Ainsi, dans ses essais successifs et contradictoires de systèmes cosmogoniques, car ces idées sont loin de se tenir, Euripide suppose qu'à l'origine la matière était une 3, puis il se contredit et en admet la dualité^; le Ciel et la Terre, une fois distincts, sont les deux éléments primordiaux de l'univers. Ces éléments cherchent à s'unir. C'est Aphrodite 5, qui joint l'Éther, le Ciel, Zeus, de quelque nom qu'il faille appeler l'élément masculin du monde, à l'autre élément féminin, la Terre. De leur union naissent les dieux, les hommes, les êtres animés, les plantes, tout ce qui a vie 6.
Est-il bien nécessaire d'aller chercher les germes épars de ces idées dans Diogène d'Apollonie, dans Archélaos7? Mais Hésiode n'avait-il pas dit en son temps qu'Ouranos était l'époux de Gaia,et n'avait-il pas décrit leurs amours, quand, la nuit venue, le Ciel descendait sur la Terre et s'étendait de toute part sur elle pour la féconderS? Ce sont là des visions de poète, familières à Euripide comme à Hésiode. Sans doute, au V siècle, en récitant ces vers, on ne les comprenait plus comme au temps où ils avaient été faits. Ouranos, déchu de sa divi-