‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 181 sur 362 · AGAMEMNON · texte numérisé non relu

AGAMEMNON

S'il a faibli devant sa fille, Agamemnon se reprend seul à seul avec Clytemnestre, et essaie de jouer froidement son rôlei. Car ce mari de l'âge épique a déjà peur de sa femmes. Il cherche, par de misérables défaites, à la faire partir; il tâche de ruser pour l'éloigner de l'autel; à bout de raisons, il finit par le lui commander. Mais, quand celle-ci, avec une fougue impérieuse, se révolte et refuse d'obéir3, il constate, sur un ton presque piteux, qu'un mari n'est pas toujours maître chez lui 4. Et nombre d'Athéniens, en entendant ses plaintes, durent sans doute se rappeler les leurs.

Il a toujours rusé avec sa femme. Celle-ci, nature franche et altière, est excédée de ses faux-fuyants. Quand elle sait tout, elle veut qu'il confesse la vérité. Il la dira au moins une fois en sa vie: «Est -il vrai que tu veux tuer ta fille 5? » D'abord, il se récrie, il feint l'indignation. Clytemnestre insiste. Fatigué de dissimuler, et ne pouvant plus prolonger son mensonge, il se décide à parler. C'est pour lui un soulagement de dévoiler sa torture secrète, et un plus grand pour nous de l'entendre en faire Taveu découragé 6,

Mais, quand il lui faut, après les menaces grondantes de Clytemnestre et les douces supplications de sa fille, dire, ce qui répugne tant à son hésitation coutumière^, à quoi il se résout enfin, remarquons que la crainte des soldats est pour celui qui les commande, Tunique raison de sa décision». Ceux-ci veulent la guerre. Ils Tauront. Iphigénie mourra donc. Elle sera sacrifiée à leur ardeur belliqueuse. Pourtant Artémis demandait le sang de la jeune vierge, ou du moins, car ce n'est pas tout à fait la même chose, les prêtres réclamaient ce sang au nom de la déesse 9. Agamemnon pouvait donc alléguer, pour sa défense, qu'un homme était obligé de céder devant de pareils ordres. 11 n'en dit qu'un mot. Car c'est la peur seule qui lui fait lâchement sacrifier sa fille. Ce roi des rois n a plus l'âme impérieuse. Comme un Athénien de la fin du V siècle, il connaît trop la toutepuissance de la foule pour oser lui refuser rien. 11 s'agissait cependant

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