‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 180 sur 362 · Ibid., V. 345 : ôu<mpdatTo; ï<xu> ts xX^Opcov anàvio · texte numérisé non relu

Ibid., V. 345 : ôu<mpdatTo; ï<xu> ts xX^Opcov anàvio

Agamemnon était donc ambitieux. Il voulait conduire la flotte, et quand le vent lui manqua, sa tristesse n'eut d'égale que son eniîui. A ce moment, Calchas lui demanda d'immoler sa fille à la déesse. 11 fut heureux d'y consentir. C'est du moins Ménélas qui le dif. Mais le regret qu'il a d'Hélène et de ses charmes, regret passionné, plein de désirs >, ne le porte-t-il pas à altérer la vérité? Agamemnon a-t-il jamais été aussi décidé? Ce n'est pas son habitude. Si son frère le prétend, n'est-ce pas qu'il veut lui faire honte de ses hésitations, en affirmant qu'il n'en a pas toujours eu?

Car ce père a le cœur pitoyable et tendre. Quand la jeune victime est sur le point d'apparaître dans le camp, il imagine déjà sa fin atroce. 11 croit entendre ses prières, ses supplications, ses reproches 3 et même les cris inarticulés que poussera le petit Oreste, pendant qu'on égorgera sa sœur 4. Que ce dernier détail est admirable! Mais qui croira jamais que cette scène sanglante ait pu se dresser, avec une précision aussi douloureuse, devant les yeux de celui qui n'avait qu'un mot à dire pour qu'elle n'eût pas lieu? Sans compter qu'une telle sensibilité est bien invraisemblable, à l'époque où un père pouvait recevoir des prêtres l'ordre de laisser égorger son enfant sur leurs autels.

C'est encore le cœur paternel qui s'émeut et saigne dans Agamemnon, quand sa fille l'interroge avec une malicieuse curiosité sur l'époux inconnu qu'on lui destine. C'est son cœur qui lui fait trouver les mots déchirants par lesquels U met fin à son entrevue avec elle. Le père est très vivant en cette irrésistible émotion qui fait monter un flot de larmes à ses yeux 5, à la pensée de la grâce virginale de son enfant, de ses baisers' pour lui si amers 6, de sa poitrine, de ses joues, de sa blonde chevelure?. Car l'âme d'Euripide recelait des trésors de pathétique, et c'est en ces exclamations éperdues, en ces épanchements passionnés, en cette tendresse frémissante, que son art - si l'on peut donner ce nom à cette sorte de divination par laqueUe il sait trouver les cris mêmes de la nature — est vraiment incomparable.

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