Philocthte, V. 81 sqq., v. 108 sq., v. m
que tous les gens madrés des temps modernes puissent penser h lui avec tendresse et le regarder comme un ancêtre.
A côté de ces trois hommes, dans la conception desquels Euripide s'écarte tant des idées traditionnelles, quelle femme serait mieux à sa place que cette Hélène dont il a si souvent parlé, et pour laquelle il a éprouvé les sentiments les plus contraires de sympathie, de défiance et de haine? Il nous la montre souriante, inquiète, effrayée dans rOreste et dans les Troyennes. Ailleurs elle apparaît encore, toujours diverse. Il a même écrit une pièce entière dont elle est le personnage principal, et son Hélène est la tragédie la plus curieuse de son théâtre et peut-être de tout le théâtre antique. Sans doute, il est peu probable qu'elle ait réussit. Mais, puisqu'il est naturel d'attribuer cet insuccès à la métamorphose surprenante qu'y subit la femme de Ménélas, aucune pièce ne mérite plus que celle-ci d'attirer notre attention. Elle déconcerta les Athéniens. Tâchons, nous, modernes, qui n'avons ni leurs idées ni leurs préjugés, de la bien comprendre.
Les êtres créés par les légendes finissent par devenir immuables. Le peuple s'habitue à eux et ne veut pas qu'on y touche. 11 les comprend dune certaine façon ; il les voit sous un certain angle : il ne les reconnaît plus, si on les en déplace. Ainsi, chez nous, Jeanne d'Arc sera toujours l'héroïne inspirée, l'être frêle et impérieux, tel que l'a ressuscité la vision de Michelet. Cet être est-il conforme à la vérité? Aux historiens à le dire, s'ils la savent. Mais toute altération du type consacré sera fatale à qui l'osera. Schiller a été un sot de faire de
rulii^! I?"' '*•'"" "fPPO»'- «'«" V" quatre ans plus Urd, dans VOrette, il revint i nlntZ^^VZr' r^'V'"!,"' *'*''<=•«'"'■ Cependant. ..uelque. esp ,rdéU^ VHM. ^* ^ ^ '" * '■«<'""'« 'inBolier? Aristophane ne critique pas plu.
ae près les choses (cf. Thesmophones, y. an sqq., et Héline v 6i5 son i nn'ii ,.» i-.ii pas lue sans intérêt. Elle convenait assez bien à sin humeû; famine ^
HÉLÈNE, TYPE HE FEMME VEKTUEDSE ET FIDÈLE a^I
Jeanne d'Arc une mélancolique amoureuse.. Il est vrai qu'il était [ Allemand. C'est pourquoi le cas de Voltaire est si grave. Cependant, ' chose étrange, si l'auteur de la Pucelle, en salissant le visage de son héroïne, a commis une mauvaise action, Euripide, en réhabilitant la femme la plus compromise de l'Antiquité, ne paraît pas en avoir fait une bien meilleure, puisque les Athéniens lui donnèrent tort.
Hélène a commis un adultère qui a eu des conséquenses presque infinies. Dans les poèmes homériques, et surtout dans Vlliade, qui n'est qu'un long récit des malheurs qu'a causés sa faute, elle est un personnage énigmatique, que l'on ne comprend guère. Elle se laisse enlever à son mari, qu'elle regrette très vite, pour suivre Paris dont elle ne paraît guère éprise. Du moins, si elle a été dans les premiers temps éblouie par le luxe barbare du fils de Priam, son illusion s'est vite dissipée. Aux heures de fièvre et d'amour ont succédé les récriminations et même les comparaisons désobligeantes. Ils se sont dit sans doute toutes les choses passionnées qu'ils avaient à se dire. Comme ils ne peuvent rester muets, ils se disent maintenant autre chose: ils passent leur temps à se quereller. On entend Hélène faire des reproches très durs à Paris sur sa couardise, quand il revient au palais, vaincu par Ménélas. Elle regrette même qu'il n'ait pas succombé sous les coups de son premier mari 2. Pour l'amant le plus débonnaire, ces paroles-là sont dures à entendre. Celui-ci, qui ne se révolte point, fait assez piteuse figure. La scène aboutit d'ailleurs à une conclusion inattendue. Car, en cet instant où Paris vaincu n'a rien de séduisant, - et l'impétuosité du désir dont il ose parler est plutôt répugnante3, — Hélène se livre à lui, presque sous nos yeux, avec le sourire figé d'une Orientale. L'intervention directe de Cypris n'explique rien, ni un tel abaissement, ni une docilité aussi humiliante.