‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 219 sur 362 · Héraclès, v. G33 sqq · texte numérisé non relu

Héraclès, v. G33 sqq

Enfants, soyez heureux, non plus ici, mais là-bas, car le bonheur de la terre, votre père vous l'a enlevé i ! » Puis elle se baisse vers eux et les couvrant de caresses, elle murmure : « 0 aimable étreinte ! ô frais visage ! ô douce et légère haleine :• ! » Il y a là un délicieux frémissement d'amour. Une femme, une mère peut seule, semble-t-il, soupirer de semblables paroles. Jamais l'afi'ection maternelle n'en a eu de plus tendres.

Voici une scène moins tragique. Ce sont des enfants qui s'élancent éperdus vers leur père, au moment où il apparaît inopinément et les sauve. Déjà ils étaient parés, comme des victimes, pour le sacrifice. Lycos allait les immoler avec leur mère et Amphitryon. A l'instant^ critique où le glaive était levé sur leurs têtes blondes, Héraclès, leur robuste père, arrive. A sa vue, les trois petits courent vers lui. Sans avoir une conscience bien nette du péril qui les menace, ils s'attachent à lui comme à leur sauveur; ils se suspendent à ses vêtements; ils se cramponnent à ses membres. Héraclès s'amuse de leur émoi. II trouve des mots charmants pour les rassurer. Il leur dit de ne plus avoir peur, qu'il n'a pas d'ailes, qu'il ne s'envolera pas, qu'ils n'ont pas besoin de le serrer si fort. Et quand ils l'ont enfin lâché, il veut les conduire en lieu sûr. Il les prend par la main. Il se met en marche. Mais Héraclès est un géant. Il fait de longues enjambées. Eux ont les jambes courtes. Il les tire donc derrière lui, « comme un vaisseau remorque de petites barques » 3. La figure est bien expressive. On croit voir un homme du peuple traînant après lui toute sa nichée.

Ailleurs, Euripide, qui n'a jamais cherché, comme nous l'avons fait, à rendre la tragédie majestueuse, ne craint pas d'évoquer devant nos yeux des scènes plus familières encore. Il nous parle des soins que les mères prodiguent à leurs enfants, de leurs occupations humbles et tendres, de ces cheveux bouclés qu'elles peignent avec tant d'amour, des baisers dont elles les couvrent 4. II nous montre les nourrissons qui jouent dans leurs bras, sur leur sein 5. Elles les caressent, amusées. Lui-même s'amuse à ce spectacle, et on l'aperçoit, dans un vers

Médée, v. loGg sqq.

Ibid., V. 1074 sq.

Mid., V. 63 1 sq. Voir le commentaire de Wilamowitz dans toute cotte scène. Troyeniu's, \. 1175 sq.

Uanaé, fragni. 323.

isolé d'un drame perdu, sourire, comme il le faisait jadis dans les rues ou les palestres d'Athènes, aux jeux des enfants attroupés ».

Car il devait aimer les enfants. Si l'on peut alléguer qu'il ne leur a si souvent donné des rôles dans ses drames que parce que les autres tragiques n'y avaient pas encore songé, un fait prouve cet amour : c'est l'attention indulgente et soutenue qu'il leur a portée. En rassemblant ce qu'il a dit sur eux çà et là dans ses vers, on pourrait peut-être recueillir sur les enfants une série d'idées que les pédagogues de nos jours n'ont pas autant allongée qu'ils se l'imaginent. Ces idées, le poète les a semées, en passant, d'une main légère. Cela n'en diminue pas la valeur. En voici quelques-unes :

D'abord, il faut avoir des enfants. Il est odieux de vivre seul, et méprisable de s'y résigner ». Et celui qui parlait ainsi prêchait d'exemple: il laissa trois fds. Plus généreux que nombre d'écrivains qui engagent leurs lecteurs à multiplier les naissances avec autant d'ardeur qu'ils ont de précaution à les éviter, Euripide n'eut pas l'égoïste prudence d'Hésiode. Ce dernier, pour ne pas diminuer l'avoir de la famille, limitait à un, et tout au plus à deux, le nombre d'héritiers qu'un père devait se donner 3. On sait ce que cela coûta plus tard à la Grèce ^.

A quel âge faut-il avoir des enfants? Le poète des Travaux et Joins, au cas où l'on se permettait un second fds, souhaiUit qu'il naquît pendant la vieillesse du père, sans doute pour que ce dernier oubliât sa décrépitude, en contemplant l'enfant qui grandissait auprès de lui. Euripide, qui n'a pas moins de sollicitude pour ceux qui reçoivent la vie que pour ceux qui la donnent, est d'un avis opposé : « Je le conseille à tous les jeunes gens, » dit-il ; u qu'Us n'attendent pas jusqu'à la vieillesse pour avoir des enfants : ils ne goûteraient pas la joie qu'ils donnent. De plus, un mari âgé répugne à une jeune femme &. Ayez

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