F. F., cfbi
A. Méléagre, fragm. 5a5.
LA VIE HUMAIIVE
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Si, négligeant tous les écrivains intermédiaires, on rapproche brusquement Euripide d'Homère, on s'aperçoit aussitôt que de l'un à l'autre la conception de la vie s'est un peu modifiée, c'est-à-dire qu'elle s'est assombrie. Oublions certains passages nettement pessimistes de l'épopée i. Jugeons Y Iliade et l'Odyssée d'après l'impression finale que nous en tirons. Le premier de ces poèmes, après une multitude de scènes héroïques et violentes, s'achève, avec les funérailles d'Hector, au milieu des pleurs, et nous prévoyons que le vainqueur ne tardera guère à rejoindre sa victime dans l'Hadès lugubre 3 : l'Iliade est un long chant d'enthousiasme guerrier et de deuil. L'Odyssée, au contraire, remplie d'aventures périlleuses et de souffrances, nous laisse, après le massacre un peu pénible des prétendants et des servantes, sur une impression différente : Ulysse est revenu dans le palais de ses pères. Pénélope lui est restée fidèle. Son fils, dans la fleur de son adolescence, l'admire et l'aime : si jamais Ulysse sent la fatigue des années, Télémaque viendra en aide à ses forces défaillantes. Mais ce temps est encore éloigné. De longs jours de tranquiUité heureuse sont réservés au héros, vainqueur de toutes les épreuves humaines et divines. L'Odyssée est l'exaltation de la souplesse industrieuse de l'homme. Ce n'est pas par sa vigueur qu'il est fort, c'est par son adresse. Elle fait ce qu'il lui plaît de la matière inerte ; elle l'accommode à sa fantaisie ; elle autorise en lui les espérances les plus audacieuses. Et Ton peut dire que depuis Homère, si le monde a fait du chemin, c'est bien dans la direction que lui a indiquée Ulysse.
Seulement Euripide (je demande pardon de le répéter) n'aimait pas Ulysse, c'est-à-dire que, très peu curieux de la vie extérieure, dont il pouvait être tenté de diminuer l'importance, il donnait aux idées une attention presque continuelle. Le monde intellectuel n'était pas, sans doute, le seul qui existât pour lui, mais ses yeux ne pouvaient s'en détacher. Or,^ il n'est pas bon de trop méditer : « Mortels, ayons les
Yv/i/'^"^'/'' "^^ vfv"^"^- ^''^' Sj"»^'^id«» 85 ^^S^y^ XVn, V. 446 sq. (cf. Odyssée, XMII, V. i3o8q.);\lX, V.290; XXIV, V. 525sqq.
a. Laède a soin de nous en prévenir dans le dernier chant, v. i3i sq.
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sentiments des mortels. » Ne plissons pas le front » en pensant trop longuement aux choses graves. Pour ceux qui ne consentent pas de temps en temps à les oublier, la vie n'est plus qu'une longue souffrances.
Celui qui donne ces sages conseils est presque un dieu, mais il est ivre, et quand on lui répond, on hausse les épaules en l'accusant de dire des rengaines 3. Donc, avec Euripide, il faut prendre la vie au sérieux. Pas de divertissement. Comment s'étonner ensuite si elle devient pesante?
Thétis, quand son fils pleurait la mort de Patrocle, lui disait que les longs deuils ne convenaient pas à son âge. Elle lui rappelait, avec plus de tendresse que de convenance, que la jeunesse est le temps où Ton aime, et que les caresses et les embrassements des jeunes femmes sont une des douces choses de la vie 4. Mais Hippolyte dédaigne cette façon d'oublier, et si Phèdre la recherche, elle n'y trouve pas le bonheur.
' Pourtant l'amour a de l'attrait, mais il doit rester tempéré, mesuré, sans^èvre5. C'est une idée trop générale chez les Grecs pour qu'on n'en retrouve pas l'écho dans la tragédie. Éros est un dieu redoutable^. Par les yeux de l'amant il fait pénétrer, jusqu'au fond de son être, le désir qui se change bientôt en fureur. Mais si l'âme même passionnée reste chaste, et si elle conserve sa divine eurythmie, Aphrodite est la plus aimable des divinités 7.
Mais voici qui est singulier. Il semble qu'il y ait un peu de lassitude dans le cœur du poète à l'égard des affections même les plus légitimes, parce qu'elles font souffrir, en raison même de leur sincérité 8
Quand la nourrice, après le pénible aveu de Phèdre, couvre d'un voile le visage brûlant de sa maîtresse, elle souhaite que pour elle-même ce voile se change bientôt en linceul funèbre. Parle- 1 -elle ainsi par