‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 23 sur 362 · Oreste, scholies des vers 371 et · texte numérisé non relu

Oreste, scholies des vers 371 et

LA VIE ET LE CAHACTERE DE l'ÉCRIVAIN aS

que VAlcmaeon à Corinthe et les Bacchantes l Ces drames furent couronnés du premier prix^. Les Athéniens, en voyant disparaître un de leurs plus grands poètes, se repentaient-ils de lui avoir témoigné si peu de sympathie pendant qu'il vivait, et profitaient-ils de ses dernières pièces pour le dédommager de leur indifférence? On ne sait. Une chose est certaine : ainsi résumée d'après des témoignages authentiques, la carrière d'Euripide laisse dans l'esprit une impression attristante d'insuccès. Si l'on ajoute aux trois victoires que nous connaissons 3 les deux autres dont nous parle Suidas, et que nous ne savons où placer, il fut, pendant les cinquante années de son activité littéraire, couronné en tout cinq fois. Cela fait en moyenne une victoire tous les dix ans. C'est peu. Et même la cinquième victoire, il ne lui fut pas donné d'en jouir., puisqu'on ne la lui accorda que lorsqu'il n'était plus.

Sans doute, ce n*était pas un déshonneur de se voir préférer Sophocle. Mais la vanité littéraire s'accommode-t-elle de ces préférences, et un écrivain n'a-t-il pas l'amour- propre plus chatouilleux qu'un autre? La production quotidienne, l'excitation cérébrale et la fièvre qu'elle cause donnent une sensibilité douloureuse dont on n'est pas toujours le maître. Euripide n'a-t-il jamais été froissé, disons le mot, n'a-t-il jamais été jaloux des succès de son concurrent? Celui-ci était le poète favori des Athéniens. Pendant plus de soixante-dix ans il fit applaudir ses drames. II remporta vingt couronnes 4. Jamais, dans le concours tragique, on ne lui attribua la dernière place 5. Euripide ne pouvait pas en dire autant.

Rien cependant ne nous autorise à faire à Tégard de ce dernier de désobligeantes suppositions. II pouvait bien, en voyant le succès constant de l'heureux Sophocle 6, éprouver autre chose que de la joie,

i. Grenouilles, scholie du vers 67. Oeri {Euripides unter dem Druck des sizilischen unddekeleischen Krieges, Basel, igoS) prétend que dès le début de l'expédition de Sicile, en 4i5 le poète avait arrêté le plan de sa seconde Iphigénie et que même il en avait, à cette époque, écrit les parties principales. Avouons que nous n'en savons rien

Page 1