‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 235 sur 362 · Andromaque, v · texte numérisé non relu

Andromaque, v

LES VIEILLARDS CHEVROTANTS d'eURIPIDE 378

lui suffira désormais, pour le mettre en fuite, d'un seul regard». Est-ce parce que Pelée a jadis combattu contre les Lapithes, qu'il se permet de telles rodomontades? Quelle ressemblance inattendue elles lui donnent avec les riverains actuels de la Garonne !

Dans l'intention du poète, cette jactance n'est sans doute qu'une naïveté pardonnable à tous les guerriers âgés. 11 aura entendu causer entre eux les survivants des guerres Médiques, les vieux soldats, les invalides. Il aura remarqué comme il leur coûtait peu d'outrager la vérité, ne pouvant plus se permettre d'autres outrages. Et, avec une exactitude où il y a de la tristesse, il aura reproduit, sans pitié, leurs vantardises. Ainsi, ce regard que Pelée assène à ses ennemis n'est plus que l'arme unique qui lui reste : arme comique et douloureuse, parce qu'autrefois il avait assez de force pour en employer d'autres.

Les traits dont Euripide s'est servi pour la silhouette de ce vieillard, il les a reprisa en dessinant celle d'iolaos, sans doute parce qu'ils lui ont plu. Ici encore il nous montre un guerrier exténué par les années, qui se flatte de faire reculer l'ennemi d'un seul coup d'oeil 3. Le serviteur qui l'accompagne, s'efforce de lui donner des idées plus sages. Il rappelle doucement à lolaos qu'il est vieux, que sa vigueur s'en est allée, qu'il ferait mieux de rester loin des coups et des batailles. L'autre, naturellement, ne veut rien entendre. Ils s'avancent tous deux, côte à côte, l'esclave portant l'armure du maître, qui ne la revêtira qu'au moment critique, parce qu'il a grand besoin de ménager ses forces. En effet, s'il essaie de brandir une lance de la main droite, son serviteur le soutient par le bras gauche : il conduit cet hopUte au combat, comme on conduit un éphèbe à la palestre^, lolaos trébuche à chaque pas, veut courir, ne le peut. Et le singulier dialogue continue: «Tu ne vois pas comme mes jambes sont rapides? » — «Tu le crois, sans pour cela aller plus vite. » — « Tu ne diras pas cela quand je serai là- bas. » — « Pourquoi faire? Combattre avec gloire? Je te le souhaite. »

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