‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 237 sur 362 · Ihid.j Y. a55 sqq · texte numérisé non relu

Ihid.j Y. a55 sqq

7. Voir le chapitre III, et ce qui est dit notamment sur 17on, V Electre cl les Bacchantes.

LES VIEILLARDS CHEVROTANTS d'eURIPIDE

Ainsi, quand il met en scène des vieillards, Euripide a coutume d'insister sur leur faiblesse, alors que cette insistance ne semble pas toujours justifiée». Car enfin, on peut être vieux, sans être infirme. Chez lui, un vieillard est souvent un être diminué, je dirais presque une ombre falote, qui n'est pas toujours ennemie, autant qu'on le souhaiterait, des radotages.

Rappelons un fait significatif d'un de ses drames. Un vieil esclave a promis à Creuse d'empoisonner Ion. Cet esclave rentre dans la tente où le jeune homme et Xouthos offrent un banquet aux gens de Delphes. Il va, vient, s'empresse, circule, s'arrête, se hâte au milieu des convives, leur verse de l'eau sur les mains, brûle la myrrhe dans les cassolettes, distribue les coupes d'or, ne ménage pas les petits discours. Son empressement et sa loquacité sont si comiques que tous les convives, un instant amusés, éclatent de rire 2. Pourquoi ce rire ? Est-il indispensable? Et parce que ce vieillard était destiné dans le drame à une œuvre de mort, était-il nécessaire de faire de lui un bonhomme ridicule?

Même dans les endroits où visiblement il veut garder à la vieillesse la majesté que lui donnent les années et la souffrance, il n'y parvient pas toujours. Comparons l'Œdipe qu'il nous montre à la fin des Phéniciennes et celui de son rival. Polynice et Étéocle viennent de se tuer. De désespoir, leur mère s'est suicidée sur leurs cadavres. Le vieil aveugle, qui vit enfermé dans son palais, sort de sa retraite aux cris d'Antigone. 11 s'avance appuyé sur un bâton. Il cherche les corps de ses enfants, de la reine. Antigone guide ses pas incertains, ses mains errantes. A tâtons, il reconnaît les êtres chers qu'il a perdus.

Certes, la situation est dramatique. Sophocle, à la fin de VOEdipe- Roi, nous avait montré le tragique vieillard partant en exil sous la

I. Pourquoi le vieillard de V Electre, qui a de la peine à gravir le sentier qui mène à la cabane du Laboureur, v. 489 sqq., nous dit-il, quand il traversait les prés où il a rencontré Egisthe, non qu'il y marchait, mais qu'il s'y traînait? {Electre, v. 621.) Quelle nécessité y avait-il à insister sur cette allure sénilei»

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