Alceste., v. ii
5. Ibid, V. aôasqq. Se rappeler les vers de Racine. 0. Ibid.f V. ayg sqq.
Puisque les personnages qui pourraient parler ne veulent rien nous dire, ou plutôt, puisque Euripide, par leur entremise, ne nous fait pas savoir ce qu'il pensait de la mort et de ce qui la suit, essayons, en Hsant ses vers, de retrouver ses idées sur ce mélancolique sujet.
Ces idées sont de deux sortes, parce qu'elles proviennent de deux sources différentes. Celles qu'il a reçues des poètes antérieurs sont inconciliables avec celles qu'il semble s'être formées lui-même. Ici comme ailleurs, s'accuse l'antagonisme entre son esprit et la tradition. Une peut la rejeter en entier; il ne peut, non plus, s^ soumettre toujours. Ce manque d'harmonie, très sensible en toute son œuvre, fait de ses personnages des contemporains de siècles différents, et ici, sans qu'ils s'en doutent, leur langage exprime les croyances successives que les hommes ont adoptées sur la mort, depuis Homère jusqu'au V siècle, et même - car leur perspicacité est très surprenante jusqu'à nos jours. En certains cas, en effet, ce qu'ils nous déclarent n'est pas éloigné de ce que nous pouvons penser nous-mêmes, surtout quand notre esprit, comme l'esprit de celui qui les fait parler, n'est asservi à aucune religion, ni à aucun dogme.
Voyons d'abord ce que j'appellerais volontiers leurs idées anciennes, c'est-à-dire celles qu'ils empruntent plus ou moins directement aux poèmes homériques. On sait qu'en particulier dans la Néxjia, les morts continuent à vivre dans les Enfers d'une vie diminuée, et qu'en général ils n'ont ni souvenir ni connaissance. Ce n'est qu'après avoir bu le sang des victimes, qui est le principe de la vie, — puisque la vie s'échappe du corps avec le sang des blessés, — que les morts se souviennent du passé et des êtres chers qu'ils ont quittés. Anticlée ne reconnaît son fils Ulysse qu'après avoir bu dans la fosse le sang noir des brebis. Et pourtant c'étaient le regret de son absence et le souvenir de sa tendresse qui lui avaient ravi la douce existence». Il est vrai que Tirésias reconnaît Ulysse avant d'avoir goûté à la libation