‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 248 sur 362 · Antigone, v. 896 sqq · texte numérisé non relu

Antigone, v. 896 sqq

quand nous voyons agoniser ceux que nous aimons. Nous ne sommes plus libres alors. Il faut, dans le désarroi où nous jette la douleur, que nous nous cramponnions à tout ce qui peut nous tirer du désespoir. Il importe peu que ce soit une vérité ou une chimère, pourvu quelle soit assez forte pour nous faire supporter l'inévitable. Aussi, on ne croit jamais plus aisément qu'au chevet des mourants, et les ministres de toutes les religions le savent.

C'est pourquoi Admète, disant l'adieu suprême à celle qui meurt pour lui, ne peut pas admettre qu'ils seront éternellement séparés. C'est une pensée que son chagrin lui interdit. Non seulement l'image de la bien-aimée sera devant ses yeux, non seulement il l'entreverra la nuit dans ses rêves, mais encore il lui assure qu*ils se retrouveront un jour. (( Attends-moi là-bas, quand je serai mort, dit-il, et tiens prête la maison où nous habiterons ensemble». » Il espère que leur séparation prendra fin, quils seront un jour réunis chez les morts, et qu'ils sécheront à jamais leurs larmes.

Et, chose curieuse! de même qu'Alceste, agonisante, avait aperçu les êtres étranges dont l'imagination des foules peuplait le royaume des ombres, de même Admète semble croire à l'existence de Cerbère et de Charon. Il parle d'eux comme s'il ne doutait pas de leur réalité, et ils les place à côté de Perséphone et de son époux». Ils sont donc très croyants dans cette famille, un peu parce que la mort les y contraint. A son tour, Phérès, quand on porte au bûcher le cadavre de la jeune femme, lui souhaite dans l'IIadès la félicité dont elle est digne 3. Il ne formerait pas ce vœu, si la mort était pour lui un anéantissement.

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Une chose cependant m'inquiète. Quand Artémis quitte Hippolyte qui va mourir, il semble bien que tout soit fini entre eux et qu'ils ne

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